Lu pour vous numéro 130

Détails

" Lu pour vous " n° 130*

Sommaire :

  • Actualité analyse : la construction navale française pavoise
  • Urbanisme -New-York plus irrésistible que jamais : une mégalopole à l'apogée de son influence et de son charme
  • Environnement - écologie : 24 pays créent la plus grande réserve marine du monde en Antarctique
  • Dossier - Le ventre clé de notre santé : le micro biote allié de notre cerveau
  • High - Tech : la petite reine met les watts

Actualité analyse : la construction navale française pavoise

Les chantiers navals français affichent une santé insolente grâce au secteur de la croisière et de la défense. Les géants asiatiques souffrent.

Vous avez dit crise ? En France, la construction navale ne connaît pas. Alors que les géants asiatiques menacent d'être emportés par la pire conjoncture de leur histoire, les chantiers navals français affichent une santé insolente.

Côté militaire, DCNS, auréolé de sa victoire dans la compétition des sous-marins australiens en avril (34 milliards d'euros), a encore montré les muscles au Salon Euronaval du Bourget du 17 au 24 octobre, avec une nouvelle frégate de 4 000 tonnes, baptisé FTL. « Le secteur est porté par le retour des « Etats puissance », comme la Russie ou la Chine, qui animent le marché », dit son PDG, Hervé Guillou.

Et des acteurs plus petits comme Constructions Mécanique de Normandie (CMN), Piriou, Ocea, Couach ou Socarenam tirent leur épingle du jeu. CMN est ainsi bien placé pour fournir une trentaine de patrouilleurs à l'Arabie saoudite, un contrat potentiel de 600 millions de dollars.

Le civil n'est pas en reste.

Les ex-Chantiers de l’Atlantique, filiale du coréen STX, affiche un carnet de commandes record de 12 milliards d'euros, avec 14 navires de croisière à livrer d'ici à 2026. De quoi attirer les convoitises du néerlandais Damen, de l'italien Fincantieri ou du chinois Genting Hong Kong, candidat à la reprise de la pépite française, si la séparation d’avec STX était actée le mois prochain.

Pourquoi ce succès ?

»Les chantiers navals français sont positionnés sur les deux secteurs qui surnagent : la croisière et la défense » résume Vincent Croizeleau, directeur du site spécialisé Mer et Marine.
« A l'inverse, les acteurs du Sud-Est asiatique sont sur le marché des porte-conteneurs et des vraquiers, qui souffrent du ralentissement du commerce mondial »

Résultat : l'industrie navale française, deuxième acteur européen après l’Allemagne et sixième au niveau mondial, affiche une hausse d'activité de 66 % en 2016, ce qui en fait le secteur économique tricolore le plus dynamique.
C

MN va investir 70 millions dans un site de 35 000 mètres carrés à Cherbourg. Quant aux chantiers navals de Lanester (Morbihan), ils sont repris par Kership, coentreprise entre DCNS et Piriou.

Source : Challenges, n°494, octobre 2016, signé V.L

Urbanisme - New-York plus irrésistible que jamais, une mégalopole à l'apogée de son influence et de son charme.

lpv1301Cent quatre étages en quarante-sept secondes ! En moins d'une minute, les touristes sont catapultés sur le toit du monde. Pendant la montée, des images projetées sur les parois restituent le panorama à 360° degrés tel qu'on le verrait si l'ascension de faisait à l'air libre. Oui, les ascenseurs du One World Trade Center (le gratte-ciel qui remplace les tours jumelles) sont l'une des meilleurs attractions de New-York k; Arrivés au sommet de la plus haute tour du monde occidental, les visiteurs sont invités à visionner, debout, un clip à la gloire de New-York. Puis, surprise ! L'écran se lève d'un coup et dévoile, à 417 mètres d'altitude, un point de vue époustouflant sur « the city that never sleeps » (la ville qui ne dort jamais).

La ville est sans équivoque un bastion du parti démocrate, et cela, depuis au moins la première moitié du XIX èmesiècle. En un siècle, la ville n'a connu que quatre maire républicains, dont deux récemment ; Rudy G Guiliani et Michael Bloomberg (2002-2013). Typiquement, les Républicains de New-York défendent les migrants, les homosexuels, l'avortement et prônent le contrôle des armes à feu.

Avec 8,5 millions d'habitants, 4,3 millions d'emplois et un « PIB municipal » de près de 1 500 milliards de dollars, «la ville n'a jamais été aussi peuplée et bien portante, c'est la plus dynamique du monde avec Tokyo », se félicite Kathryn Wylde, présidente du Partnership for New-york, association patronale qui œuvre à la consolidation de la suprématie mondiale de la « capitale du capitalisme ».

D'ici à dix ans, la population comptera un million d'habitants supplémentaires », dit-elle.

lpv1302La croissance est verticale. Partout, des gratte-ciel suivent et tutoient les nuages. « Au XXIème siècle, New-York est devenue une ville d'architectes. C'est nouveau. Au siècle précédent c'était Chicago », observe le fondateur et rédacteur en chef d'Architects Newspaper, William Menking, énumérant les stars qui modifient le visage de la ville : Renzo Piano, Jean Nouvel, Christian de Potzamparc, Zaha Hadid, Shop, Foster+Partners, etc.

L'apparition de gratte-ciel ultra « slim » (étroits) transforme la silhouette de la « skyline » ».

Dans le Manhattan, le magistral édifice Oculus, signé Santiago Calatra, a enfin ouvert. De l'extérieur, on dirait le squelette d'un animal préhistorique, en fait, il abrite une gare et un centre commercial.

Ville souterraine qui jouxte le musée -mémorial du 11 septembre et le One World Trade Center.

Ce n'est pas tout. Cinq kilomètres plus au nord, un quartier d'affaires grand comme celui de la Défense, sort de terre, à l'extrémité nord de laHigh Line ? Plus grand programme immobilier jamais vu aux Etats-Unis, Hudson Yards (c’est son nom) accueillera à terme 125 000 salariés ainsi que des appartements de luxe. L'Oréal a été le premier à s'y installer. Le quartier, ou s'implanteront nombre de firmes de Wall Streets, sera achevé en 2025.

lpv1303

Environnement - écologie : 24 pays créent la plus grande réserve marine du monde en Antarctique.

La communauté internationale a trouvé un consensus pour créer le plus grand sanctuaire marin de la planète (1,5 million de km2) dans les eaux froides de l'océan Austral.

Situé en mer de Rosse, elle va couvrir quelque 1,5 million de km2, soit l'équivalent en surface de l'Angleterre, de l'Espagne de l'Allemagne et de l'Italie réunis. Une première pour un sanctuaire marin en haute mer.

C'est un accord d'une importance cruciale non seulement pour protéger l'abondante biodiversité, mais également pour contribuer à développer la résilience de l'océan face au changement climatique.

La mer de Ross, du nom de l'explorateur britannique James Clark Ross qui l'a découverte en 1841,se situe à l'ouest de l’Antarctique, sur l'océan Pacifique. Elle fait partie de ces très rares endroits encore considérés comme quasi vierge de toute déprédation humaine (pollution, forages, surpêche ...) et abrite une très riche biodiversité. Les données collectées dans ce laboratoire vivant nous permettent de comprendre les changements significatifs qui se déroulent sur la planète aujourd'hui »,explique le scientifique américain David Ainley, spécialiste des manchots d'Adélie.

C'est notamment le refuge d'un tiers de la population mondiale de ces oiseaux, mais aussi d'un quart de tous les manchots empereurs désormais connus de beaucoup grâce au film de Luc Jaquet. C'est également une réserve remarquable de krill (petites crevettes d'eau froide), de pétrels (oiseaux de mer), et d'une espèce d'orque propre à cette région, de baleines de Minke ou encore de la légine australe. Ce poisson à forte valeur commerciale, recherché par les pêcheurs russes, a d'ailleurs longtemps fait partie des points de blocage pour la Russie.

Ce qui est le plus remarquable dans cet accord, c'est que la Russie, les Etats-Unis, l'Europe et les autres pays se sont serrés la main à une époque où les relations politiques sont tendues.

Source : Le Figaro on line, sciences du 28 octobre 2016, signé David Ainley, scientifique.

Dossier : le ventre clé de notre santé, le micro biote allié de notre cerveau.

lpv1304Avec ses milliards de bactéries et son système nerveux sophistiqué, l'intestin est un auxiliaire précieux du cerveau. Si bien que l'idée de mettre au point des « psycho biotiques » pour atténuer le stress ou la dépression fait son chemin. Avec l’espoir de traiter aussi un jour de nombreuses autres pathologies, comme le diabète ou Parkinson.

Rien de plus simple qu'un système digestif. Du moins en apparence. La pizza que nous venons d'avaler est broyée dans la bouche, dégradée dans l'estomac, puis glisse dans l'intestin grêle qui absorbe les nutriments nécessaires. Le côlon en extrait l'eau, digère certaines fibres puis élimine le reste par l'anus sous forme de matière fécale.

« Mais cette vision simpliste qui a influencé des générations de médecins et de chirurgiens est dépassée ; l'intestin est bien plus délicat et puissant. C'est un petit cerveau », martèle Everan Mayer, gastro-entérologue, directeur exécutif du Center for Neurobiology of Stress de l'université de Californie, à Los Angeles. Et auteur du « TheMind-Gut Connection.

De fait, il possède un système nerveux qui lui est propre et sa paroi cellulaire est colonisée par 40 000 milliards de bactéries de mille espèces différentes qui forment son précieux micro biote, autrefois appelé « flore intestinale » », aux multiples fonctions.
« Ce petit cerveau communique en permanence avec le « grand » qui est dans notre tête grâce à une autoroute à plusieurs voies », poursuit en souriant Emeran Mayer. Tant et si bien qu'émerge une nouvelle et très prometteuse piste thérapeutique : soigner le micro biote pour soulager le cerveau.

Dans le laboratoire Micali de l'lnra (Institut national de la recherche agronomique), les chercheurs étudient ce phénomène en élevant des souris très particulières. D'apparence normale, elles sont en fait dépourvues de micro biote « axéniques ».

Deux scientifiques affinent leur nouvelle expérience : deux groupes de rongeurs, l'un composé d’axéniques, l'autre non, vont subir séparément des stress pendant cinq semaines, alors que deux autres groupes restent tranquilles. « En examinant leur cerveau, nous découvrirons si le micro biote influence ou non la production de nouveaux neurones, d’ordinaire perturbées par le stress », explique Laurent Naudon.

Une équipe japonaise a démontré que des souris axéniques sont plus stressés que la normale et « sur activent » l'axe du stress, dit hypotalamo-hyperphyso-surrénalien. Inédit ! La piste « micro biote­ cerveau « est lancée. Dès lors, les chercheurs découvrent que l'absence de micro biote modifie aussi l'expression de gènes cérébraux impliqués dans la croissance des neurones et la formation de synapses, et qu'elle est liée à une moindre étanchéité de la barrière dite hémato-encéphalique, qui protège le cerveau de toute intrusion. Mieux ! Les souris axéniques présentent également un défaut de mémorisation et de comportement social. Plus déroutant, les perturbations cessent lorsque les scientifiques implantent un micro biote chez ces rongeurs qui en étaient dépourvus.

De quoi imaginer d'éventuelles applications chez l'humain. »Une colonisation bactérienne perturbée (par une naissance prématurée ou la prise d'antibiotiques) pourrait donc être à l'origine des troubles chez l'enfant, suggère Sylvie Rabot. Si c'est le cas, on pourrait rétablir une maturation normale en agissant assez tôt sur le micro biote. »

Jusqu' où cette action pourrait-elle aller ? Chez une souris axénique de la souche BAL/B/c, sélectionné pour son comportement anxieux, les chercheurs ont procédé à une transplantation fécale du micro biote d'une souris NIH Swiss, non anxieuse. Résultat : une baisse de l'anxiété chez la première ainsi qu'une augmentation d'un facteur de croissance nerveux dans l'hippocampe, la zone de la mémorisation dans le cerveau. John Cryan, de l'université de Cork (Irlande) parvient lui à réduire le comportement anxieux d'une souris BAL, B/c, en lui faisant consommer pendant 28 jours une souche d'une bactérie lactique (Lactobacillus rhamosus), un probiotique (bactérie vivante)

Quoi qu'il en soit, comment une bactérie peut-elle modifier le cerveau jusqu' à agir sur le comportement ? « Une des voies possibles est le nerf vague (qui relie les système digestif et le cerveau. Pour tester cette hypothèse, nos animaux ont subi une vagotomie (ablation du nerf vague), puis ont été traités par Lactobacillus rhamosus. »

Constatation : l'effet des probiotiques sur le comportement cesse.

Lactobacillus rhamnosus pourrait servir comme antidépresseur et anxiolytique grâce à ses effets sur le nerf vague, conclut le chercheur. Des études sont en cours pour examiner l'effet de ce micro biote sur la réponse au stress chez l'humain. »

Des bactéries contre la dépression.

lpv1305Reste, en effet, de démontrer le lien entre micro biote et troubles mentaux chez l'humain. Déjà, quelques étudies identifient une différence d'espèces bactérienne entre patients dépressifs et ceux qui ne le sont pas. Entre autres, Ali Naseribafrouei, de l'université arctique (Norvège), trouve, à partir d'échantillons fécaux, davantage de bactéries du groupe des Bacteroidetes et moins dans celui des Lachnospiraceae chez les patients dépressifs. Cause ou conséquence ? Difficile à dire.

Cependant, l'idée qu'on pourrait atténuer l’anxiété, le stress, voire la dépression en modifiant le micro biote fait déjà son chemin. Par exemple, au laboratoire ETAP- Ettthologie appliquée (Vandoeuvre-l ès Nancy), deux souches de bactéries Lactobacillus helveticus et Bifidobacterium longum ont été administrée à deux groupes de volontaires sains pendant trente jours, les résultats étant comparés à ceux de volontaires prenant un placebo. Au terme de l'expérience, une réduction significative du stress et de l'anxiété a été constatée dans le groupe « pro biotique ».
En 2013, Ermeran Mayeer a, quant à lui, observé pour la première fois en IRM fonctionnelle que la consommation de lait fermenté (enrichi en probiotiques) pendant trente jours, toujours versus placebo, chez des volontaires sains « modifie l'activité des régions cérébrales qui contrôlent la gestion centrale des émotions et sensations ». « C'est une démonstration de faisabilité remarque le gastro-entérologue. Il s'agit maintenant des patients en clinique. »

L'objectif : disposer un jour de « psycho biotiques », que John Cryan définit comme « des bactéries vivantes ayant un effet positif sur la santé mentale ». Le marché des probiotiques (y compris les laits fermentés), estimé à 50 milliards de dollars dès 2018 (chiffre de l'agence de conseil en stratégie nutrition Nutrikéo), a de quoi motiver les recherches. Et pas uniquement pour la dépression.

Manipuler le micro biote pour améliorer les troubles de l'autisme.

L'autisme pourrait en effet bénéficier lui aussi d'une meilleure connaissance du micro biote. Lors du premier symposium international Micro biote pour la santé et la maladie consacré à ce trouble en 2014 à l'université de l'Arkansas (Etats-Unis), les chercheurs ont établi que les enfants autistes souffrent d'un taux élevé de problèmes digestifs (constipation, diarrhée, etc..) et que les symptômes digestifs sont corrélés à la sévérité de la pathologie. Bien qu’il puisse s'agir de conséquences du trouble, et non de causes, les scientifiques s'accordent sur un fait : Si le micro biote intestinal joue vraiment un rôle causal dans les symptômes autistiques, alors sa manipulation peut potentiellement être exploitée comme une approche thérapeutique pour améliorer les symptômes gastro-intestinaux.

« Déjà en 2000, un antibiotique (vancomycine), prescrit contre la bactérie pathogène Clostridium difficile, avait atténué les symptômes d'un petit groupe d'enfants autistes, le temps du traitement. Et un traitement oral avec une souche de Bacteroides fragilis humaine administré à des souriceaux au comportement autistique avait fait reculer leurs anomalies digestives. Selon Richard Fraye, neurologue, organisateur du symposium, les scientifiques sont désormais en train de planifier des essais cliniques importants en suivant cette piste.

Un biomarqueur précoce de la maladie de Parkinson.

La gravité des symptômes parkinsoniens serait également corrélée à la concentration de certaines bactéries intestinales, les entérobactéries. Delon Filip Scheperjans, chercheur au département de Neurologie de l’hôpital universitaire d’Helsinki (Finlande), le dysfonctionnement gastro-intestinal, la constipation notamment, précède souvent de plusieurs années l'apparition de symptômes moteurs au cours de la maladie de Parkinson. Il suggère que le micro biote pourrait ainsi constituer un bon biomarqueur précoce de la maladie (Movement Disorders, 2015).

Une cible thérapeutique contre la sclérose en plaques.

Enfin, en Irlande, à l'université de Cork, l'équipe de John Cryan a découvert que le micro biote était nécessaire à la souris pour régler les gènes de la myélinisation (maturation des fibres nerveuses) du cortex préfrontal, région clé du cerveau pour les fonctions cognitives supérieures ? « Il est connu que des signaux envoyés par l'intestin au cerveau freinent le processus de myélinisation, affirme­ t-il».

Le micro biote est donc une cible thérapeutique potentielle pour les troubles psychiatriques impliquant ce fonctionnement » (Transi. Psychhiatry, 2016). Un espoir pour la sclérose en plaques, ou les défenses immunitaires s'en prennent aux cellules chargées de la myélinisation du cerveau.
Les recherches sur les nombreuses implications du micro biote sur la santé ne font que commencer.

« Nous n'en sommes qu'aux balbutiements, confirme Sylvie Rabot. Mais une chose est déjà sûre : prendre soin de son micro biote ne peut être que bénéfique pour la santé en général et le cerveau en particulier..

Source : Science et Avenir n° 835, septembre 2016, dossier réalisé par Elena Sander et Marc Gozlan.

High-Tech : La petite reine met les watts.

lpv1306Le vélo à assistance électrique séduit de plus en plus d'adeptes pour les déplacements urbains ou les balades en VIT. La technologie des capteurs, des batteries ou encore du moteur a beaucoup progressé.

Le vélo est assisté par un moteur électrique positionné au niveau du pédalier. Avec cet équipement, tout le monde peut s'attaquer aux pistes les plus raides. Et pas seulement. Le vélo à assistance électrique (VAE) est aussi le roi du pavé. Il séduit de plus en plus d'urbains en mal d'escapades ou désireux d'abandonner la voiture pour se rendre au bureau sans forcément mouiller la chemise.

Un succès confirmé par les chiffres : « En 2016 il s'est vendu 102 000 vélos électriques en France contre 77 000 en 2014 », assure Jérémie Valentin, président de d'Univélo, le syndicat des acteurs français professionnels de cycles en France, et directeur général de Cycleurope Industrie, qui fabrique et distribue les marques Peugeot et Gitane. Et la courbe n'est pas près d'infléchir car sur 2,99 millions de vélos vendus en France chaque année, les VAE n'en représentent encore que 3%.

« Nous pensons qu'il est possible d'atteindre les 15 à 20%, soit environ 500 000 vélos électriques par an d'ici trois à quatre ans », estime Jérôme Valentin. Des projections soutenues par des équipements toujours plus performants pour ces deux-roues et encouragées par des politiques urbaines de plus en plus hostiles aux voitures.

De l'importance de la position du moteur.

Le fonctionnement est simple : une batterie fixée sur le cadre ou sur le porte-bagages, alimente un moteur électrique qui s'active lorsque le cycliste pédale. L'assistance se coupe au-delà d'une vitesse de 25km/h pour les modèles classiques ou 45km/h pour les modèles « speed » ou « speed bike » », considérées par la réglementation comme des cyclomoteurs. Selon les modèles, les vélos à assistance électrique diffèrent cependant par leur mode de propulsion.

« Le moteur peut être placé dans les roues avant ou arrière ou en position centrale, c'est-à-dire dans le pédalier. La grande tendance est au moteur central. Il est plus efficace et permet une meilleure répartition des masses, vers le centre du cycle », indique Emanuel Antonot, cofondateur de la jeune marque française Moustache Bikes.

Capteurs de forces, de rotation et de vitesse.

Le signal permettant la mise en route du moteur provient de plusieurs capteurs positionnés différemment selon le modèle et le type de motorisation. Ainsi, si le moteur est dans la roue (avant ou arrière), c'est un capteur fixé sur le pédalier qui indique la mise en rotation des pédales grâce à une couronne à aimants. Ces derniers passent un détecteur fixé au cadre et relié au moteur. Un autre aimant, accroché sur un rayon de la roue arrière, passe devant un détecteur servant à mesurer la vitesse afin que le moteur soit coupé au-delà de 25km/h/

Cette configuration, économique et simple, n'est cependant pas la plus efficace. Le moteur a en effet toujours un temps de retard puisqu'il ne s'enclenche qu'après avoir le mouvement des aimants, ce qui peut prendre un tour complet de pédalier. Fâcheux lors d'un démarrage en côte...
« Pour une assistance immédiate, il faut un capteur de force capable de mesurer le moindre appui sur la pédale. C'est le cas quand le moteur est en position centrale. Il est alors équipé d'un capteur intégré mesurant 1 000 fois par seconde la déformation du pédalier », précise Thomas Meï, coordinateur technique chez Haibike, fabricant allemand de VTT haut de gamme. Il est couplé à un autre capteur de vitesse placé dans la roue arrière pour assurer la limitation à 25km/h/ « un capteur de rotation mesure également la fréquence de pédalage du cycliste à laquelle s'adapte aussi l'assistance », explique Guillaume Heinrich, responsable marketing chez l'allemand Bosch.

Une assistance sélective.

lpv1307L'aide apportée par le moteur se traduit sous forme de couple, mesuré en newton-mètre (Nm) qui correspond à l'effort que le moteur applique sur les pédales. Dans une côte, plus le couple est élevé plus le pédalage est facile. Les VAE haut de gamme sont équipés d'un moteur central développant un couple de 75 à 80Nm maximum, pouvant être modulé en fonction des besoins ou des efforts que le cycliste souhaite fournir. Pour ce faire, le vélo est équipé d'un ordinateur de bord fixé au guidon permettant de choisir plusieurs options d'assistance. Bosch propose quatre modèles allant d'Eco (40Nm), parfait pour la balade sur le plat, à Turbo(75Nm) pour grimper les côtes les plus rapides à 25km/h/. Selon le mode, l'assistance varie de 30 à 300% de la force mesurée sur le pédalier.

Autonomie : le grand écart.

Du choix des batteries dépend l'autonomie du vélo. Les plus récentes, d'une capacité de 400 à 500 wattheures (WH), permettent de parcourir 40 à 150 km selon la vitesse, le mode d'assistance choisi, le poids du cycliste, le dénivelé, le sens et la vitesse du vent, la taille des pneus, la nature du revêtement, etc. Dans tous les cas, une charge complète de la batterie assure une journée de VIT avec des forts dénivelés ou une semaine de trajets urbains.
Une connectivité toujours plus grande.

Les VAE séduisent aussi de nouveaux utilisateurs férus de technologies connectées. Piaggio s'est lancé sur le marché avec des modèles ultra connectés comme l'Active Plus. Une application mobile permet de définir un programme d'entraînement en sélectionnant le nombre de calories à brûler ou le seuil cardiaque à ne pas dépasser, de mémoriser les trajets réalisés, d'enregistrer les performances et de les partager sur les réseaux sociaux. En cas de tentative de vol, l'application alerte le propriétaire en lui envoyant un SMS. Il peut ainsi localiser l'engin et le suivre en temps réel grâce à la puce GPS intégrée.

Un moteur discret et léger.

L'autre tendance consiste à intégrer les composants de manière à ce que le vélo électrique... ressemble à un vélo. Ainsi, en 2017, quasiment tous les fabricants proposeront des modèles dont la batterie sera plus ou moins dissimulée dans le cadre. Les moteurs tendent aussi à se faire discrets et légers.

Le dernier-né de Yamaha (PW-X) affiche un poids de 3,1kg soit 400 g de moins que son prédécesseur. Un gain non négligeable sur un VAE, qui pèse en moyenne de 8 à 10kg de plus qu'un vélo conventionnel. Chez Haibike, la chasse aux kilos est même une obsession. « Notre modèle X duro Fiiseven Carbo Ultimate ne pèse que 17,4 kg contre 10 à 12 kg pour l'équivalent non électrique. Le cadre, la tige de selle, le guidon, le pédalier et les jantes sont en carbone », indique Thomas Meï. Une démonstration technique qui a, bien sûr, un prix : 15 000 euros.

Des coûts encore élevés

Le prix reste d'ailleurs le principal frein au développement du VAE. Quand un vélo de ville de qualité se vend autour de 500 euros, il faut débourser environ 10 000 pour un vélo électrique d'entrée de gamme et 20 000 pour un VTT. Sans oublier l'usure des batteries.
Les plis performantes (lithium-ion) sont prévues pour fonctionner cinq à six ans sans perdre trop d'autonomie, soit environ 35 000 km. Leur remplacement coûte environ 800 euros. Seul petit réconfort, de nombreuses villes subventionnent l'achat d'un vélo électrique, la prime étant de 150 à 500 euros. C'est peu, mais il n'y a pas de petites économies !

Développement : le vélo à hydrogène encore bridé.

L'idée, apparemment insolite, n’est pourtant pas nouvelle. Cycleurope, qui fabrique les marques Peugeot et Gitane, lançait le premier vélo à hydrogène en partenariat avec Pragma Industries, une société française basée à Biarritz. Le principe est le même que pour l'automobile : une pile à combustible combine de l’hydrogène avec l'oxygène de l'air pour produire de l'eau, rejetée dans l'atmosphère, et de l'électricité pour alimenter le moteur.

« Nous avions développé avec la société Bic un concept de cartouche d'hydrogène rechargeable ne pesant que 50 g pour une autonomie de 200 km. L'idée était de les vendre comme des briquets dans un bureau de tabac ou une grande surface. », explique Jérôme Valentin, directeur général de Cycloreup.

Las ! Bic ayant abandonné le projet, le concept est tombé à l'eau. Mais Cycleurope travaille toujours sur le vélo hydrogène pour le grand public. Quant à Pragma Industries, elle commercialise désormais des vélos à pile à combustible s'alimentant à une borne dédiée.
Une centaine d'exemplaires devrait être vendus en 2017 à 7 500 euros pièces : le vélo est cependant subventionné à hauteur de 50% par la région Nouvelle Aquitaine. « Nous visons un prix de 4 000 euros pour une production de 10 000 vélos par an.
Cela reste réservé aux flottes d'entreprises et collectivités car il faut une borne. Mais nous continuons à réfléchir à une solution semblable aux cartouches pour le grand public, explique le fondateur, Pierre Forté.

Source : SCIENCE et AVENIR, n° 837, novembre 2016, par Olivier Hertel.

*Les articles qui figurent dans cette rubrique sont transmis à titre d'information scientifique et / ou Technique. Ils ne sont en aucun cas l'expression d'une prise de position de l'UDISS ou d'un jugement de valeur

   
© UNION DES INGÉNIEURS ET SCIENTIFIQUES DES SAVOIE - 2011