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lu pour vous numéro 117

Détails

" Lu pour vous " n° 117*

Sommaire

  • Œuvres d'art-Suisse : Genève, port pas si franc. Ultrasécurisés, à l'abri des séismes et du fisc, ces entrepôts recèlent la plus grande concentration d'œuvres d'art du monde. Une véritable « boîte noire «
  • Enquête : La ruée vers l'Afrique. L'économie a changé de moteur. Après les matières premières, c'est l'essor de la classe moyenne et la révolution numérique qui boostent le continent. La moitié des pays aux plus fortes croissances au monde sont africains
  • Au Kenya, les miracles high-tech du système D. Grâce à Internet haut débit et à, un système de micro paiement mobile unique au monde, le pays est devenu la locomotive de la tech africaine
  • Stratégie : lpsen se prépare à augmenter la dose. Incapable de rivaliser sur tous les fronts avec les géants de la pharmacie, le laboratoire familial se concentrant sur quelques spécialités. Un portefeuille de blockbusters rentable qu'il doit néanmoins élargir
  • Science & techniques : Matières premières. C02 - trois idées de génie pour le recycler

Œuvres d'art - Suisse : Genève, port pas si franc.

lpv1171Ultrasécurisés, à l'abri des séismes et du fisc, ces entrepôts secrets recèlent la plus grande concentration d'œuvres d'art du monde. Une, véritable « boîte noire »,.

Pour les uns, c'est un bunker. Pour les autres, un coffre-fort géant. Maître Claude Dumont-Beghi, elle, penche plutôt pour une « gare routière ». L'avocate a eu le privilège d'y pénétrer un jour au nom de sa cliente Sylvia Wildenstein, la veuve de l'ancien plus grand marchand d'art du monde.

A quinze minutes de route de l'aéroport de Genève, dans la zone industrielle de la Praille, un alignement de bâtiments aveugles délimite une esplanade ou stationnent semi-remorques et voitures de luxe.. « J'ai passé un sas sécurisé, un agent m'a prise en charge, se souvient l'avocate. Nous avons emprunté un couloir lugubre jusqu'à une porte. Elle s'est ouverte et soudain, en une seconde, j'ai eu l'impression de me retrouver dans une galerie d'art ultrachic de New-York : murs noirs, éclairage rasant et, sur les cimaises, les 19 toiles de Bonnard que j'étais venue voir ; »

Bienvenue aux Ports francs et entrepôts de Genève (PFEG), le plus grand musée d'art de la planète.

lpv1172Les ports francs : une petite forteresse offshore en plein cœur de l'Europe, née en 1849 pour entreposer des céréales. Aujourd’hui, d’autres denrées moins périssables y sont conservées.

Au sous-sol, quatre coffres forts avec des portes de 50 cm d'épaisseur sont réservés à l'or et aux diamants. Ailleurs, des boxes sont remplis jusqu'au plafond de caisses de Petrus ou de Château Latour, à 3 000 euros la bouteille. La famille Nahmad, qui tient galerie sur Madison Avenue, à New-York, y détiendrait 5 000 œuvres d'art. En octobre 2012, Catherine Hutin-Blay, une héritière de Picasso a stocké 798 toiles du maître. Une cargaison d’une tonne, dont la valeur avoisine 300 millions d'euros.

Plus d'un million d'œuvres d'art sont conservées dans les 150 000 mètres carrée d'entrepôts, dont la moitié est placée « sous douanes ». Pour le client, il en coûte entre 250 et 1500 euros par mètre carré loué à l'année. Certains n'y mettent jamais les pieds et laissent les « transitaires », à la fois transporteurs et conservateurs, gérer sur place leurs trésors. « Au fond, c'est un gigantesque garde-meubles, décrit benoîtement Michel D., un parisien qui a déposé quelques « bricoles », dont un petit Rembrandt. Une fois passé des portes blindées type sous-marin, c'est un dédale de couloirs sur quatre niveaux. Et, si mon Rembrandt doit rejoindre une grande exposition internationale, la caisse est plombée devant moi et je ne paie pas un centime de taxe à la sortie et au retour. Je n'ai même pas besoin d'assurer mes biens, le lieu est inviolable.

Effectivement, difficile de faire mieux en termes de sécurité. Antisismiques, les bâtiments sont notés 98/100 selon l'indice Grasp d'évaluation des risques, adopté par de nombreux musées et sites de stockage. Les sas d'accès peuvent même résister à des explosifs. Tous les grands antiquaires de Paris ont leur boxe aux ports francs de Genève.

Source : l'EXPRESS, n° 3 376, semaine du 16 au 22 mars 2015, par Jérôme Dupuis et Boris Thiolay.

Enquête : La ruée vers l'Afrique.

lpv1173L'économie a changé de moteur. Après les matières premières, c'est l'essor de la classe moyenne et la révolution numérique qui boostent le continent. La moitié des pays aux plus fortes croissances au monde sont africains.

« L'impact des matières premières est important, mais les moteurs de croissance de l'Afrique sont dorénavant internes du continent », estime Razia Khan, chef économiste Afrique à Standard Chartered. L'hégémonie des matières primaires et des secteurs exportateurs est révolue. L'an dernier, la moitié des dix pays aux plus fortes croissances dans le monde étaient africains. Et l'Afrique francophone subsaharienne tire son épingle du jeu, puisque cet ensemble de 22 pays a enregistré en 2015 les meilleures performances économiques du continent (4,6% de croissance en moyenne), selon la Banque mondiale. Après un ralentissement, le Fond monétaire international (FMI) mise sur une reprise cette année en Afrique subsaharienne avec une hausse de 4% du PIB, puis de 4,7% l'an prochain. Et plus de 7% pour la Côte d'ivoire, la République démocratique du Congo, l'Ethiopie ou encore le Mozambique !

« Les économies africaines se sont engagées dans sur la voie de la diversification. La fin du super cycle des matières premières, donne au continent l'occasion d'accélérer ses réformes structurelles »,fait remarquer Bertrand Badré, le directeur général de la Banque mondiale .Un signe : la majorité des investissements étrangers, en hausse continuelle, est désormais consacrée à des projets dans le secteur des services. Comme au Kenya, leader mondial du paiement sur mobile.

L'Afrique a l'avantage du dernier arrivé. Elle peut sauter une étape du développement. Par exemple, en profitant du boom du téléphone portable, ce qui lui évite de tirer des lignes de téléphonie fixe. L'électrification du reste du continent pourrait aussi être décentralisée grâce à des petites centrales éoliennes et solaires autonomes. Le Rwanda pourrait prendre une longueur d'avance avec son projet de « drone-port ». Son concepteur veut créer une flotte d'engins capables d'emporter chacun 10 kilos de cargaison sur 50 kilomètres.
En Ethiopie, la main-d'œuvre bon marché arrive des campagnes et, sous l'impulsion des autorités, l'industrie manufacturière, comme le textile, se développe à toute allure » ; Des sociétés chinoises y ont même délocalisé une partie de leurs productions. L'exemple de l'Ethiopie, nouvel atelier du monde, est salué, mais trop rare. Renforcer leur compétitivité, produire des biens à plus forte valeur ajoutée, développer un marché continental aujourd'hui trop morcelé, les défis sont nombreux pour les économies africaines.

Le continent africain affiche la plus forte croissance d'individus fortunés. Mais 30% de la richesse n'est possédée que par 0,2% des habitants. Et pour absorber tous les jeunes actifs, en majorité peu qualifiés, il faudrait créer 29 millions d'emplois par an d'ici 2030. L'enjeu est de taille.

Mais à Paris, Londres ou New-York, des cadres formés en Occident n’hésitent plus à délaisser des postes confortables pour saisir les opportunités au pays. « expats » deviennent des « repats ». Et les groupes français sont plus nombreux à suivre le même chemin.
Aux vieux routiers de l'Afrique s'ajoutent désormais d'autres acteurs qui doivent affronter une solide concurrence locale et internationale. Un millier de dirigeants et d'experts se sont retrouvés au Davos africain en juin dernier au Cap. Un record.

Avec l'essor de la classe moyenne et l'urbanisation, les secteurs liés à la consommation suscitent les convoitises. Trois ans après l'arrivée en fanfare de l'américain Walmart en Afrique du Sud, Carrefour a planté son drapeau en 2013. Associé au spécialiste de la distribution automobile CFAO, l'enseigne française a créé une coentreprise pour lancer des hypermarchés et de supérettes dans huit pays africains.
La Société générale, présente dans dix-huit pays du continent, a alloué 4 milliards d'euros de plus à l'Afrique pour développer de nombreux projets : ouverture de 20 à 70 agences par an, implantation d'une salle de marché à Abidjan, offre panafricaine sur mobile...

Après s'être installé en Algérie en 2011, Axa a multiplié les emplettes : achat de la compagnie nigérienne Mansard lnsurance, prise de participation dans Africa Re, le principal réassureur africain, acquisition du numéro trois égyptien. Vivendi a annoncé la construction de dix salles de cinéma en plein air sous le nom de Canal Olympia.

Pour les groupes internationaux, le continent africain n'est plus un sujet périphérique mais stratégique.

Source : CHALLENGES, n° 468, 10 mars 2015, signé Delphine Déchaux et Sébastien Hervieu (à Johannesburg).

Au Kenya, les miracles high-tech du système D.

Grâce à Internet haut débit et à un système de micro paiement mobile unique au monde, le pays est devenu la locomotive de la tech africaine.

Une centaine de geeks se partagent un coin de table ; L’iHub de Nairobi, un incubateur de start-up fondé en 2009, a un petit air de Silicon Valley. Pas un hasard. Avec 49% de la population connectée à Internet et 65% d'utilisateurs de mobile, le Kenya est en train de devenir le leader du high-tech en Afrique. A l'origine du miracle numérique kényan : l’ancien ministre de l'Information et Communication, Bitange Ndemo, professeur à l'université de Nairobi. C'est lui qui a fait installer, en 2005, l'Internet haut débit grâce à cinq immenses câbles qui traversent le pays. « L'addition était élevée : 100 millions de dollars, dont 20% ont été payés par l'Etat kényan, le reste, par le privé », rappelle-t-il.
L'autre révolution fait sa pub partout sur des panneaux verts pomme : M-Pesa est le système micro paiement mobile le plus abouti du monde. En 2007, Safaricom, premier opérateur télécoms du pays, 98% de part de marché en valeur, lance une application de transfert d'argent d'usage facile. Dans un pays ou peu de gens ont un compte en banque, ce système permet d'envoyer de l'argent à sa famille au village, d'acheter une bouteille d'eau, et booste l'e-commerce. « Les développeurs conçoivent leurs produits d'abord mobile », observe Evans, animateur de la communauté iHub.

A partir de ces deux innovations majeures, un écosystème numérique s'est développé au Kenya. Et iHub est la meilleure vitrine. Ici, le système D règne en maître, car beaucoup de ces développements n'ont pas fait de grandes études, mais ils fourmillent d'idées pour répondre aux problèmes locaux. Le service Shield propose une alternative au prêt bancaire par le biais d'avances sur salaire. L'appli M­ Farm est utilisée par plus de 10 000 agriculteurs qui peuvent consulter les cours des produits agricoles, la météo, s'informer des risques sanitaires. La plate-forme Ma3Route renseigne les conducteurs sur l'état du trafic.

Dernier maillon de la chaîne, de grandes entreprises, comme Google, Microsoft et IBM, se sont implantées à Nairobi. Depuis 2013, le laboratoire de recherche d'IBM, spécialisé dans le big data, est chargé de réfléchir aux problèmes spécifiques africains. Le chercheur en sciences cognitives Weldemarian teste une application sur tablette pour améliorer les méthodes d'apprentissage ? Sa consœur Aisha Walcott, a fait installer des capteurs sur les camions-poubelles afin d'analyser l'état des routes et de lutter contre les embouteillages.
Toutes ces initiatives font du pays la locomotive de la tech africaine.

Source : Challenges, n° 468, 10 mars 2015, signée Léa Lejeune (envoyée spéciale au Kenya)

Stratégie : lpsen se prépare à augmenter la dose.

lpv1175Incapable de rivaliser sur tous les fronts avec les géants de la pharmacie, le laboratoire familial prospère en se concentrant sur quelques spécialités. Un portefeuille de blockbusters rentable qu'il doit néanmoins élargir.

Les ventes du laboratoire inventeur du célèbre Smecta (anti diarrhéique), créé en 1929 et toujours aux mains de la famille fondatrice, ont crû de 14,5% à 1,1milliard d'euros. Un rythme trois fois supérieur à celui du secteur, qui devrait amener le chiffre d'affaires à 2 milliards d'ici à 2020. Entre 2009 et 2015, la marge opérationnelle a grimpé de 17 à 22,3%. La dette a fondu de 195 à 17,5 millions. Démonstration éclatante qu'un laboratoire indépendant de taille moyenne peut encore jouer sa partie parmi les géants.

« Concurrence a capacité d'investissement limitée... Nous avons choisi de nous spécialiser dans quelques domaines et d'être au top », résume le dirigeant. Dès son arrivée en 2010, Marc de Garidel, abandonne la médecine générale, restructurant à la hache les forces de vente et fermant des projets de recherche. Une stratégie raisonnable tout en étant ambitieuse, compatible avec la taille d’lpsen.

Pionnier des biotechs.

lpv1174Ainsi, en oncologie, le laboratoire a misé sur un médicament qui s'est révélé une poule aux œufs d'or : la Somatuline : Il a eu la bonne idée de prendre, dès les années 1980, le virage des biotechnologies. Ses recherches débouchent sur un peptide (molécule) aux vertus nouvelles, notamment pour soigner une forme rare de cancer du pancréas, le cancer de Steve Jobs ; Autorisé en 2005 pour traiter les symptômes de la maladie, la Somatuline agit aussi contre les tumeurs à l'origine du cancer. Fin 2013, lpsen en établit là la preuve scientifique par une étude menée pendant sept ans dans quatorze pays. Approuvé en décembre 2014 aux Etats-Unis, puis en 2015 dans 21 pays d'Europe pour le contrôle des tumeurs, le médicament devient un blockbuster. En 2015, la Somatuline a assuré 30% de la croissance du chiffre d'affaire du laboratoire.

L'achat en 2015 de l'allemand Octreol Pharm, qui développe un produit de radiologie spécifique, complète l'arsenal contre ce cancer rare. Un accord avec l'américain Lexicon assure aussi les droits de distribution d'un médicament « compagnon » de la Somatuline.
La seconde pépite est le Dysport, un concurrent de Botox. Issu du rachat du britannique Speywood en 19694, il est utilisé, comme son rival, à des fins esthétiques et médicales. En esthétique, les ventes ont prospéré grâce à Galderma, filiale de Nestlé en dermatologie, qui le distribue sous le nom d'Azzalure. Outre son effet antirides, le Dysport recèle aussi un potentiel thérapeutique qu'lpsen exploite à fond : injecté dans les muscles, le produit contre une « spasticité », la raideur musculaire souvent associée aux séquelles d'une attaque cérébrale. Une fois de plus, lpsen concurrence un géant, l'irlandais Allergan. Là encore, il joue la carte de la différenciation. Quand son colossal rival s'est contenté de quelques indications, lpsen a multiplié les demandes d'autorisation. Le Dysport devrait ainsi être bientôt autorisé pour soigner les enfants. Il travaille également à en améliorer l'utilisation, en lançant une formule liquide, plus commode.

Muni de ces blockbusters, lpsen peut s'attaquer à l'Amérique, premier marché mondial. Passés de la septième à la troisième place des ventes du groupe en 2015, les Etats-Unis devraient être la première filiale en 2016. Autorisée fin 2014, la Somatuline a déjà conquis 11% du marché américain. La qualité de l'étude a été déterminante.

Le français a investi 40 millions d'euros pour créer une équipe de 100 personnes (médecins, visiteurs médicaux, infirmières, spécialistes du remboursement). Avec 100 personnes, lpsen couvre 80% des prescripteurs américains.
Et pour attirer des talents et cultiver ses réseaux scientifiques, le laboratoire installera en avril un centre de R&D à Cambridge, près de Boston, la Mecque des sciences de la vie.

Enfin, pour doper ses produits vendus sans ordonnance, aujourd'hui encore 25% du chiffre d'affaires (60% en 2002), le Petit Poucet français mise sur les pays émergents et le marketing. Il capitalise sur le Smecta, sa marque phare. En Chine ou Smecta domine le marché, le laboratoire se concentre sur la vente en pharmacie. Il a embauché sur place 100 commerciaux pour sillonner le réseau.
Avec un tel socle, la fin de la décennie promet d'être confortable pour lpsen. Mais, à terme, le laboratoire entend sortir de ses territoires trop étroits. lpsen doit élargir son portefeuille.

Il dispose d'un joli budget (600 à 800 millions d'euros) pour ses emplettes, et vient de débourser 200 millions pour la licence du Cabozantib, contre le cancer du rein. Il pourrait aussi exploiter un autre segment de l'oncologie, comme le cancer de la prostate et de la vessie. Avec le Decapeptyl, un traitement ancien contre le cancer de la prostate, lpsen a déjà une expertise. De quoi aiguiser l'appétit du laboratoire.

Source : Challenges, n°468,10 mars 2016, signé Delphine Déchaux.

Science & techniques : Matières premières.

C02 - 3 idées de génie pour le recycler.

Capter le dioxyde de carbone à la sortie des usines, techniquement, on sait le faire. Et après ? Au lieu de la stocker, ce gaz honni pourrait servir à fabriquer des produits industriels, faisant ainsi coup double, nous dit Etienne Thierry-Aymé. Déjà, trois filières s'organisent.
Produits cosmétiques, plastiques, briques, parpaings, engrais et même carburants. Tous ces produits pourraient prochainement porter l'étiquette « à base de C02 recyclé ».

Vous ne rêvez pas. L'ennemi climatique n° 1pourrait se métamorphoser en matière première.

Le C02, une ressource industrielle ? En réalité, l'idée n'est pas nouvelle. L'industrie des boissons gazeuses s'en sert déjà comme additif ; l’industrie pétrolière l'emploie comme facilitateur d'extraction dans les puits d'hydrocarbures, sans oublier l'industrie agroalimentaire, qui le transforme en fertilisant agricole.

Ces usages restent cependant marginaux. Surtout, le C02 utilisé n'est pas, en général capté à la sortie des usines pour être recyclé... mais puisé dans des réservoirs naturels souterrains,un comble ! Si bien que seul 0,5% du C02 émis par l'industrie est aujourd'hui recyclé.
D'autant que les techniques permettant de capter le C02 à la sortie des usines sont au point ! La capture, le transport et le stockage du C02 constituent même une filière industrielle établie, connue sous le nom de ces (en anglais : « Carbon Capture and Storage »).
Le C02 est à des taux suffisants au sommet des cheminées d'usines. Sa pureté varie de 2 à 20% au sortir des centrales thermiques, avoisine les 55% à la sortie d'une raffinerie et les 90% à la sortie d'une usine d'ammoniac.

C'est important, car l'industrie a besoin de gaz pur ou purifié pour pouvoir l'exploiter.

Le C02 concentré capté à la sortie des usines est stocké en sous-sol (séquestration géologique) ou dans de conteneurs industriels. A terme, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) estime que 90% des rejets issus de centrales thermiques pourraient être piégés.

« Capter le C02, aujourd’hui, on sait le faire, résume Aicha EL Khamlichi, qui a coordonné l'étude de l'Ademe. La question, c'est plutôt de savoir ce qu'on fait ensuite ».

« Valoriser » les émissions.

Les pistes de recherche se sont multipliées ces dernières années, portées par l'impérieuse nécessité d'explorer toutes les solutions possibles pour limiter les émissions de C02. Au point que « dans vingt ou trente ans, on devrait pouvoir valoriser entre 3 et 54% des émissions industrielles », estime Aicha EL Khamlichi. Soit dix fois plus qu'aujourd'hui.

lpv1176Sous quelle forme le recycler ? Trois pistes principales sont explorées : le C02 peut être incorporé tel quel aux produits en béton (parpaings, plaques, briques...) ; transformé en produit intermédiaire dans l'industrie pétrochimique (résines, polymères ...), ou bien converti en carburant de synthèse.

L'Ademe a simulé les émissions de trois procédés permettant de recycler du C02 : production de granulats, d'acide formique et de méthanol. Et constaté, dans les trois cas, qui valent référence pour l'ensemble des variantes possibles, que non seulement les produits utilisant du C02 recyclé font mieux que les produits conventionnels, mais que leur empreinte carbone est négative ;ils absorbent plus de C02 qu'ils n'en émettent .

Le secret de ce bilan favorable : des procédés globalement plus sobres en énergie, qui se passent de produits dérivés du pétrole, très riches en carbone, et l'emploi de catalyseurs qui optimisent les réactions chimiques.

Des mousses de polyuréthane à base de COP2, ainsi qu'un carburant pour véhicules hybrides, ont d'ores et déjà vu le jour.

Recycler l'ennemi climatique numéro un ne suffit pas à remporter la lutte contre le réchauffement. Même multiplié par dix, les volumes traités ne seront pas assez importants. Sans compter que le C02 recyclé ne l'est qu'un temps : il est de nouveau libéré quand le produit qui l'incorporait se désagrège (béton) ou finit brûlé (carburants, plastiques). Il n'empêche : les procédés de fabrication qui l'incorporent sont en général eux-mêmes plus sobres en énergie. Et tout ce qui ne finit pas dans l'atmosphère est bon à prendre.

« Si demain, tous les produits de la chimie actuelle étaient produits à partir du C02, ce que nous sommes bien loin de savoir-faire, on économiserait 2 milliards de tonnes de C02 par an », précise Thibaud Cantat. Soit presque 6% du total des émissions de C02 liées aux activités humaines. Une fière revanche en perspective pour le mal-aimé du climat.

Repères.

lpv1177Environ 36 milliards de tonnes de C02 sont rejetées chaque année dans l'atmosphère par l'activité humaine. La moitié de ces émissions proviennent de « sources industrielles concentrées » (cheminées de centrales thermiques, de cimenteries ....), et pourraient être captées et réutilisées par l'industrie. Mais seules 200 millions de tonnes le sont aujourd'hui.

Du C02 à la place de l'eau pour fabriquer du béton.

Après l'eau, le béton est le matériau le plus utilisé au monde. La production du ciment est le numéro deux sur le podium des émissions industrielles de C02.

Autant dit qu'un béton dont la production émettrait peu de C02 et qui pourrait stocker l'indésirable gaz, aurait tout du miracle. Eh bien...ce miracle existe !

Quelques sociétés ont en effet mis au point un procédé de fabrication du béton qui remplace une partie de l'eau nécessaire par du C02. La canadienne CarbonCure Technology et le géant du BTP LafargeHolcim associé à une start-up américaine, Solidia Technologies commercialisent, déjà, les produits issus de ce procédé en Amérique du Nord et en Europe. Les ingrédients sont les mêmes que pour un béton ordinaire, mais c'est le dioxyde de carbone, injecté dans le four ou est cuit le ciment, qui lie et solidifie le tout, remplaçant la vapeur d'eau utilisée traditionnellement.

L'eau reste nécessaire, mais seulement pour donner leur forme définitive aux différents éléments en béton préfabriqués (tuiles,, blocs, pavés...). Cette eau pourra ensuite être récupérée et réutilisée.

Aujourd’hui, le C02 utilisé est issu de cheminées d'usines diverses. A plus long terme,, les fabricants de béton espèrent pouvoir extraire directement le C02 des gaz de combustion dégagés par les cheminées de leurs propres cimenteries.
Principaux avantages de ce nouveau procédé : le gaz indésirable est piégé sous une forme solide (jusqu’à 110 kg par tonne de béton) pour plusieurs années, voire décennies ; et l'empreinte carbone de la fabrication du béton est sérieusement diminuée.
La réduction des émissions de carbone est de l'ordre de 70%, assure Tom Schule, le PDG de Solidia Technologies. CarbonCure revendique, elle, une diminution de 80% de ses émissions de C02 ;

Outre le piégeage direct du C02 à la sortie des cheminées d'usines, qui permet d'éviter que le gaz soit dispersé dans l'atmosphère, c'est tout le processus de fabrication réalisé à une température inférieure à celle des procédés conventionnels, qui gagne en sobriété énergétique, réduisant les émissions tout en faisant de substantielles économies d'eau.

« En adoptant ce procédé, les objectifs de réduction de C02 fixés par le Conseil mondial pour le développement durable pour I' »industrie mondiale du ciment à l'horizon 2050 pourraient être atteints d'ici trois ans et économiser 2 milliards de litres d'eau par an », estime Tom Schuler.

lpv1178Cerise sur le gâteau : les bétons à base de C02 prennent plus rapidement (résistance maximum en moins de 24 heures, contre 28 pour le béton ordinaire).

Une autre voie est explorée, celle de la « carbonatation accélérée », une réaction chimique qui permet de solidifier le C02 sous la forme de carbonates. : incorporés aux résidus solides des incinérateurs de déchets, ils forment des granulés utiles à la construction de routes de remblais.

Là aussi, le C02 utilisé doit être extrait de fumées de cheminées pour être suffisamment concentré. Et, pour que le procédé soit intéressant, l'énergie nécessaire à la réaction chimique

Doit être issue de sources renouvelables : au final, le bilan carbone doit être plus favorable que celui des procédés conventionnels.
Deux conditions réunies par la société anglaise Carbon8Systems, qui devrait produire cette année 150 000 tonnes de granulés à base de C02 recyclé.

Du soubassement au sommet des immeubles, l'industrie du BTP se met bel et bien au recyclage du C02.

Des plastiques moins polluants grâce à la polymérisation du C02.

L'objectif est de créer de nouvelles molécules pour remplacer le pétrole dans l'industrie chimique.

L'industrie chimique exploite plusieurs pistes afin d'exploiter le C02 extrait des gaz de combustion des usines.

Parmi les projets déjà sortis des laboratoires, aux Etats-Unis, ceux de l'entreprise Novomer, qui développe depuis cinq ans une technologie visant à fabriquer un nouveau polyol à partir du C02 polymérisé. Un polyol ? Un composé organique utilisé dans la fabrication d'un polymère courant, le carbonate de polypropylène (PPC), qui sert au durcissement des résines époxy et est utilisé pour produire des mousses isolantes pour le bâtiment, des garnitures de siège.

Commercialisé depuis fin 2014 à la hauteur de plusieurs milliers de tonnes par an, le polyol de Novomer, appelé Converge, contient jusqu'à 40% de C02. Il est obtenu en combinant « de l'époxyde et un catalyseur dans un réacteur, qui sont ensuite chauffés entre 35 et S0°C avant d'être pressurisés à l'aide de C02, explique Peter Shepard, PDG de l'entreprise. La réaction de polymérisation se poursuit jusqu' à consommation complète de I‘époxyde ».
En Europe ; Covestro remplace bientôt par du C02 environ 20% du pétrole utilisé pour la fabrication d'un polyuréthane, également à base de polyols.

Des essais réalisés avec le CAT Catalytic Center, à l'université d'Aix-la-Chapelle, ont montré que les mousses ainsi réalisées étaient au moins aussi performantes que les produits classiques.

« L'industrie des plastiques a longtemps cherché une alternative aux combustibles fossiles, insiste Karsten Maisch, directeur général du projet chez Covestro. Nous y sommes ! ».

Pour les deux équipes, le plus grand défi a constitué à trouver les catalyseurs qui amèneraient le C02 chimiquement inerte, à réagir efficacement avec d'autres substances. Défi relevé : à condition d'utiliser une source d'énergie faiblement carbonée (biogaz par exemple) pour provoquer les réactions chimiques, le procédé recycle le C02... et en émet même moins que les procédés classiques ! « L'empreinte carbone de nos polymères est inférieure de 70 % à celle des polymères fabriqués à base de pétrole uniquement », fait valoir Karsten Malsch.

Convertir le C02 en carburant écologique.

Boucler la boucle : produire du carburant avec le C02 issu de la combustion des dérivés du pétrole.

« Le Graal, lâche Thibaud Cantat, du CEA. Mais sans viabilité économique à court terme. En tous cas, pas tant que les carburants fossiles resterons aussi peu chers ». Un avis partagé par Antoine Fécant, ingénieur de recherche à l'IFPEN : « C’est une voie en laquelle nous croyons, mais qui n'a pas de potentiel commercial avant vingt ou trente ans ».

Cela demande de l'énergie, forcément renouvelable, sinon à quoi bon recycler le C02 ? En France, l'énergie solaire est privilégiée ; en Islande, la chaleur des volcans a déjà, permis de mettre au point une installation produisant du méthanol. La société Carbon Recycling International a exploité son avantage : les renouvelables représentent 87% de l'énergie consommé sur l'île, qui dispose en particulier d'un gros potentiel géothermique. De quoi produire, selon la société, 4 000 t par an de son

« Vulcanol » adapté aux moteurs thermiques, en particulier ceux complétant un moteur électrique sur certains véhicules hybrides. La compagnie assure que son carburant à base de C02 « réduit les émissions carbone de plus de 90% par rapport aux combustibles fossiles ».

Source : Science et Vie, n° 1183, avril 2016.

*Les articles qui figurent dans cette rubrique sont transmis à titre d'information scientifique et / ou Technique. Ils ne sont en aucun cas l'expression d'une prise de position de l'UDISS ou d'un jugement de valeur

   
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