lu pour vous numéro 113

Détails

" Lu pour vous " n° 113*

Sommaire:

  • Economie : le pétrole sur un baril de poudre
  • Actualités : Maîtriser son temps
  • A la une : bricoleurs du vivant pour soigner, créer, optimiser, inventer, sauver, aller dans I'ADN, trouver un gène, le supprimer, sauvegarder ; la génétique sait désormais le faire avec CRISPR-Cas9
  • Science & techniques - transport : pollution aux particules fines : un inventeur a trouvé la solution

Economie : le pétrole sur un baril de poudre.

La baisse des cours est, a priori, une bonne nouvelle pour les pays occidentaux ? Mais, les experts redoutent ses effets néfastes, de l'effondrement des revenus des pays producteurs au tassement de la croissance mondiale.

Selon les banques américaines, Morgan Stanley, Goldman Sachs et Citigroup, le baril pourrait tendre vers les 20 dollars.
A l'origine de cette dégringolade, des raisons multiples : un ralentissement de la demande énergétique mondiale plus forte que prévu, une augmentation de la production stimulée par les pétroles de schiste américains, le retour de l'Iran sur le marché, et surtout le bras de fer sur les prix mené par l'Arabie saoudite. Malgré l'engorgement, la pétromonarchie refuse de réduire sa production.

Tandis que l'incertitude demeure sur l'avenir des cours, les experts s'accordent sur un point : à moins de 30 dollars, le pétrole est un baril de poudre pour les pays producteurs, un danger pour la croissance mondiale et un frein à la transition énergétique.

Les pays producteurs.

Dépendant, pour l'essentiel, des exportations de brut, les pays producteurs sont les grands perdants de la chute des cours. Les revenus pétroliers représentent plus du quart du PIB de la Russie. Ils constituent 80% des exportations des pays du Golfe. Et même 97% de celles du Venezuela.
Contrairement à l'Arabie saoudite, assise sur 670milliards de dollars de réserves à la fin de 2015, tous ces pays n'ont pas constitué un matelas financier pendant les années fastes. Pour eux, la chute des cours se traduit par des déficits budgétaires, des dévaluations et de fortes tensions sociales. Le Venezuela est au bord du défaut de paiement, avec une inflation de plus de 140%, et une récession économique estimée à 7% pour 2015.

Au Brésil, la chute des cours a aggravé les difficultés du géant national Petrobras.

En Afrique, ce n'est guère mieux. L'ensemble de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée-Equatoriale, République centrafricaine, Tchad), doit au pétrole 70% de ses revenues d'exportation et plus d'un tiers de ses recettes budgétaires. La Banque centrale du Nigeria, soucieuse de défendre sa monnaie, et de préserver les réserves de devises, annonce la suspension de ses ventes de dollars aux bureaux de change. Le tarif ? 1milliard de dollars de recettes perdus chaque mois. L'Angola, subit lui aussi de plein fouet la dégringolade des cours d'un brut qui lui fournit 70% de ses rentrées fiscales.

En Algérie, ou les hydrocarbures totalisent 96% des exportations et assurent près de 60% du budget de l'état, le procédé qui consiste à puiser dans les caisses pour monnayer la paix sociale à coups de subventions est en train de s'essouffler. Les recettes du sous-sol national ne devraient en effet pas dépasser 22 milliards de dollars cette année, elles étaient de 58 en 2014.

Le pétrole, c'est de la géopolitique en baril. Proie rêvée de Daech, la Libye détient les réserves, estimées à 48 milliards de barils, les plus substantielles du continent. Ses exportations (400 000 barils/ jour en 2015) ont été divisées par trois en quatre ans. Les recettes (600 millions de dollars mensuels) ne couvrent même plus les traitements des fonctionnaires (1 milliard de dollars). Au point que la Banque centrale doit piocher dans la cagnotte. Jusqu'à quand ?

Menaces sur la croissance mondiale.

Près de 10 000 postes supprimés par Shell, 8 000 par BP, 200 par Total. A la fin de 2015, la société de consultants Graves&Co estimait que la crise pétrolière avait déjà entraîné la suppression de 250 000 postes dans le monde.

Confrontées à la baisse drastique des investissements, forcées par les majors de réduire les coûts sur les projets en cours, les compagnies parapétrolières sont particulièrement touchées. Lee gouvernement français est très inquiet pour l'avenir des quelques fleurons tricolores : Technip, CGG et Vallourec, qui ont déjà supprimé près de 10 000 postes dans le monde.

Comme l'a calculé Patrick Artus, la croissance mondiale pâtit déjà des effets du pétrole bon marché. « Lorsque le pétrole baisse, la chute de la consommation dans les pays exportateurs est traditionnellement inférieure à la hausse de la consommation dans les pays importateurs, explique l'économiste en chef de Natixis. Aujourd’hui, les pays producteurs ayant considérablement réduits leurs dépenses, c'est l'inverse qui se produit ». Même en France, ou la baisse du prix de l'or noir apparaît plutôt comme une bonne nouvelle, la croissance n'est pas à la hauteur des attentes, les entreprises ayant privilégié l'épargne à l'investissement. La baisse des cours n'a aujourd'hui rapporté que de 0,2 à 0,3 point de PIB à notre économie.

Transition énergétique.

« Avec un monde où l'énergie n'est pas chère, la COP 21 sera vite oubliée. » Pour Philippe Chalmin, professeur à l'université Paris-Dauphine, nos enfants seront les grands perdants du baril bon marché. C'est, peut-être, l'un des pires effets de l'effondrement du pétrole : le recul sine die de la transition énergétique. En augmentant subitement la production mondiale, le pétrole de schiste est venu rappeler que la raréfaction des ressources n'était pas pour demain. Et que rien, en dehors de la volonté politique, ne pourrait enrayer la hausse du thermomètre mondial. « Avec un pétrole à 100 dollars, on était déjà incapable de faire émerger un prix du carbone dissuasif vis-à-vis des énergies fossiles, commente Matthieu Auzanneau, chargé de la prospective Shift Project, groupe de réflexion de la transition énergétique. Avec un baril à 30 dollars, c'est totalement compromis. »

Le PDG de Total, Patrick Pouyanne, revient sur les conséquences pour les pétroliers d'un baril à 30 dollars. Et anticipe, dans les prochaines années, un retournement. Il faut aussi savoir que la production annuelle de brut aura décliné de 20 millions de barils par jours d'ici à cinq ans, à cause du déclin naturel des champs qui sont actuellement en production. Si l'on ajoute le fait que la demande mondiale devrait progresser, il pourrait manquer, d'ici à 2020, l'équivalent de 8 millions de barils par jour de production. Alors, les prix remonteront ...

Source : l’Express° 3368, semaine du 20 au 26 janvier 2016, par Julie de la Brosse, Charles Haquet et Vincent Hugeux.

Actualités : Maîtriser son temps.

Tout s'accélère, les sollicitations foisonnent, les urgences s'enchaînent. .. Trouver son rythme n'est plus seulement une préoccupation de cadres actifs soucieux de performances. Dans un monde ultra connecté qui chamboule et sature nos agendas, au-delà du travail, c'est devenu une question de survie pour chacun d'entre nous.

Il faudrait avoir perdu l'ouïe et la vue pour ne s'être aperçu de rien. Livres, blogs, publicités, pas un jour sans qu'on nous parle de « ralentir », « restez zen », » lâcher prise ». C'est dire à quel point nos existences surchauffes nous laissent exsangues.
« Le capitalisme d'aujourd'hui négocie les actions à la nanoseconde, parie sur le court terme plutôt que sur l'avenir, sacralise les start-up, impose des bila ns de résultat à la semaine.

Evidemment, les nouvelles technologies n'aident pas. Ou plutôt, si, elles aident à exécuter de nombreuses actions simultanément... incitant de la sorte à les multiplier au sein de la même tranche horaire. Virtuosité qui contribue à brouiller comme jamais la frontière entre espace privé et espace professionnel. Le smartphone et la tablette incitent à répondre aux messages séance tenante et partout.

Internet, ce monde connecté recèle des bienfaits qui, à la longue chronophages, n'en sont pas moins immensément jouissifs : réservation de train, courses de supermarché, télétravail... Les trois quarts des français possèdent un smartphone. Ils sont 68% à s'être inscrits sur un réseau social et passent en moyenne quatre heures par jour sur un ordinateur, auxquelles s'ajoutent les minutes quotidiennes sur le téléphone. Le portable accompagne parfaitement cette recherche du « toujours mieux ».

De fait, les innovations pénètrent de plus en plus rapidement la société. Un exemple entre mille : inventée en 1714, la machine à écrire a mis cent soixante-quinze ans à se diffuser, alors que le smartphone a explosé en moins d’une décennie. Tout s'accélère : le renouvellement des collections de vêtements, des films du grand écran au format vidéo, les livraisons de colis.

Ajoutons au tableau la complexité grandissante de de nos rythmes de vie. L'allongement de l'existence, les recompositions familiales, la flexibilisation du travail, l’explosion des loisirs, la mondialisation des échanges ont dynamité la cadre paisible d'il y a encore un demi-siècle, ou la semaine s'articulait autour du travail et du repos au sein du foyer traditionnel... Ces chamboulements, qui suscitent une foule d'activités et d'horaires différents selon les familles et les personnes, aboutissent à une désynchronisation des temps humains. Difficile à vivre pour l'individu, ils le sont aussi pour la collectivité, comme l'a montré la bataille pour le travail de dimanche.

Ces mutations et accélérations si fascinantes soient-elles, épuisent ceux qui ne font que les subir.

La mécanique est connue : sollicité à l'excès, l'organisme sécrète les hormones du stress responsables de la fatigue et de l'anxiété. Parfois jusqu'à l'épuisement, le fameux burnout.

L'issue ?

Réfléchir à ce qui compte vraiment pour soi et renoncer à vouloir tout faire. Trouver son rythme. Maîtriser son temps, c'est aussi s'imposer. Faire l'expérience modeste mais concrète de sa liberté. Maîtriser son temps, c'est parvenir à organiser ses tâches à court, moyen et long terme.
Parmi les nombreuses méthodes existantes, voici trois qui ont fait leurs preuves. Pour les perfectionnistes : le reflexe « une idée - une action ».

Le principe : noter chaque tâche qui vient à l'esprit et réfléchir au premier pas à effectuer, autrement dit à la première action à lancer, pour atteindre l'objectif. Toute la subtilité de cette méthode (de David Allen), tient dans ce concept du « premier pas ». On sait bien qu'une tâche abordée dans sa globalité semble insurmontable, ce qui n'est plus le cas lorsqu'on la » découpe « en tranches à réaliser les unes après les autres. La démarche exige, il est vrai, d'avoir toujours à portée de main un calepin et un stylo, ou un smartphone, pour noter les idées qui surgissent. Un peu fastidieux au début, ce relevé systématique présente le grand avantage de désencombrer le cerveau et de soulager les étourdis. Lorsqu'elle devient une habitude, cette approche permet d'éviter de se sentir submergé et de planifier ses objectifs.

Pour les consciencieux : le tableau de bord.

Le principe : s'auto-observer, le plus honnêtement et scrupuleusement possible. La première étape consiste à identifier le profil type auquel on appartient : le désorganisé, le prévoyant, le retardataire, le pressé, le distrait... La deuxième tient en un questionnaire précis : nombre d'heures par jour et par semaine consacrées aux différentes activités, identification des sources d'inconfort et des périodes « inutilisées »... Ce recensement provoque une prise de conscience et favorise la réflexion sur ses vraies priorités. Vient ensuite un mode d'emploi, fondé sur l'expérience personnelle, pour apprendre à planifier et à programmer. Une personne anxieuse ou stressée a tendance à se projeter dans un futur inquiet, ce qui se traduit par des problèmes de désorganisation. A l'inverse, un patient dépressif, est dans l'incapacité de se projeter.

Pour les pressés : la trousse à outils.

Le principe : piocher parmi 71 fiches synthétiques les solutions correspondant à ses besoins du moment. Les thématiques abordées vont de la gestion de la surcharge de travail à l'amélioration n de la productivité, en passant par la maîtrise des sollicitations diverses.
A retenir : limiter, autrement dit lister toutes les tâches, inclure les imprévus. Mettre un ordre de priorité, indiquer la durée réaliste pour chaque tâche. Totaliser les heures, éliminer les tâches « hors limite », réaliser les actions dans l'ordre. En procédant ainsi, vous êtes sûr d'aller à l'essentiel tout en préservant votre énergie.

Pour le psychiatre Christophe André (Trois amis en quête de sagesse), il faut réapprendre à « habiter » le temps. Et à mieux choisir ses priorités. «

Savoir renoncer, accepter de ne pas tout faire ».

Comment trouver le bon rythme ?

Cela dépend beaucoup de la personnalité. Nous avons tous besoin d'être sur les deux registres de l'accélération et de la lenteur, du contrôle et du lâcher-prise, mais pas dans les mêmes proportions, Il faut écouter les ressentis pour trouver le point d'équilibre. L'une des clefs consiste à hiérarchiser ses objectifs et à mieux définir de quelle manière l'on souhaite employer son temps. Mais cela impose de faire quelque chose que l'on déteste aujourd'hui : renoncer, accepter de ne pas tout faire.

Source : L'EXPRESS, n° 3368, semaine du 20 au 26 janvier 2016, dossier réalisé par Claire Chartier, Amandine Hirou et Matthieu Scherrer.

A la une : bricoleurs du vivant, pour soigner, créer, optimiser, inventer, sauver ... Aller dans l’ADN, trouver un gène, le supprimer, sauvegarder ; ce que les traitements de texte font avec la fonction « rechercher-couper », la génétique sait désormais le faire avec CRISPR-Cas9 !

Soit une grosse molécule capable de couper des gènes, associée à un petit ARN qui lui dit ou couper dans l'ADN. Grâce à cet outil, tout devient possible : modifier le patrimoine d'une lignée, ressusciter une espèce disparue, doper nos gènes. Déjà, les projets « d'édition du vivant » se multiplient. Sauf que CRISPR­Cas9 n'est pas seulement un formidable progrès : il ouvre la voie à toutes sortes de « bricolages », d'autant plus qu'il est très facile à utiliser.

Animal, végétal humain...

Imaginez que toutes les branches du vivant puissent être façonnées par un seul outil génétique : imaginez que cet outil agisse sur le patrimoine d'un seul individu ou même, pourquoi pas, de toute sa descendance. Rapidement, facilement. Pour pas cher. Apparu dans le radar des laboratoires en 2012 seulement, ce petit outil moléculaire est déjà en train de marquer l'histoire. Son nom ? CRISPR-Cas9.
Une appellation qui regroupe le nom d'une grosse protéine (Cas9) et un acronyme un peu abscons, CRISPR (Clustered Regularly lnterspaced Short Palindronic Repeats, pour « courtes séquences palindromiques répétées, groupées et régulièrement espacées »). On va tout vous expliquer plus loin.

En trois années à peine, CRISPR-Cas9 a gagné ses galons de « révolution ».

Le monde entier a sauté dessus !

De fait, il ne se passe pas une journée sans qu'un article d'un chercheur n'ouvre une nouvelle application dans des domaines aussi divers que la médecine, l'agronomie, l'industrie, etc. Pas un mois sans qu'une grande instance scientifique ne publie un avis sur son utilisation. Car CRISPR-Cas9 va vite, très vite. A tel point que face à ses exploits, les généticiens sont pris de vertige devant les possibilités qui s'offrent désormais à eux.

De quoi s'agit-il au juste ! D'un outil « d'édition génétique ». Exactement comme les logiciels de traitement de texte (type Word) permettent d'éditer en un tournemain n'importe quel texte, grâce aux touches magiques pour rechercher (ctrl F), couper (ctrl X), coller (ctrl V), etc.

Car c'est exactement ce que permet de faire CRISPOR-Cas9, mais transposé à la génétique : il édite le texte qui, pour chaque être vivant, contient le manuel d'instruction à l'origine de sa construction, dans lequel figurent les multiples rebondissements de son évolution, ainsi que la fiche médicale qui prédit quelles maladies pourraient le menacer ou décimer son espèce.

On l'a compris : ce texte, c'est l'ADN.

Pour l'espèce humaine, il équivaut à plus de 3 milliards de lettres. Or, jusqu' à présent, pour travailler sur ce texte, la « barre d'outils » manquait à l'appel. Jusqu’à l'arrivée de CRISPR-Cas9.

« Le monde entier a sauté dessus !», explique Emmanuelle Charpentier (Institut Max Planck, Allemagne), la microbiologiste française, dont la première publication sur ce sujet est à l'origine de cet engouement planétaire. « C'est un moyen pour les scientifiques d'insérer ou de supprimer des bouts d'ADN avec une précision incroyable, ce qui permet de réaliser des choses jusque-là impossibles.

Et il est vite apparu que ça marchait partout : chez les bactéries, chez les plantes, les levures, les mammifères ..... et maintenant sur l'humain. C'est une technologie incroyablement flexible et adaptable !

L'homme pourra « Editer » la nature.

En 2012, Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna comprennent les rouages et l'intérêt de ce système. Comme n'importe quel gène, chaque séquence CRISPR, qui contient donc de I'ADN viral, est transcrite en petites molécules intermédiaires, les ARN. Mais plutôt que d'être traduits en protéines, ces ARN sont libérés dans la bactérie et deviennent des sentinelles : chaque ARN patrouille en attelage avec une grosse molécule, appelé Cas9, qui est une sorte de ciseaux à ADN. A eux deux ols sont redoutables : dès qu'un virus pénètre dans la bactérie, Cas9 se fixe sur son ADN, le parcourt, et si son profil correspond à celui de I'ARN sentinelle, alors gare à lui ! Cas9 s'arrête et le découpe, signant l'arrêt de mort de l'ennemi.

Révélation suprême : les deux chercheuses comprennent que cet outil CRISPR-Cas9 peut être détourné de sa fonction et modelé à l'envi. En laboratoire, il est possible de créer des attelages à foison, en associant la grosse protéine Cas9 à l'ARN de son choix : préalablement repéré, celui-ci peut servir de tête chercheuse v, amenant les ciseaux de Cas9 là où on le désire. En pratique, une fois injectés dans une cellule, Cas9 et son guide se fixent sur I'ADN local et le parcourent rapidement....

Un peu à la manière de la fonction « rechercher » du traitement de texte, qui passe au crible chaque ligne. Une fois que l'ARN a trouvé la séquence qui lui correspond, Cas9 entre scène pour couper 1'ADN de la cellule. Cette coupure, c'est pour sa machinerie interne le signal qu'il faut lancer des réparations : soit elle colmate la brèche en remettant du texte comme elle le peut, ce qui interrompt, et du coup neutralise le gène ; soit elle y copie un nouveau texte fourni par le chercheur, corrigeant ainsi une erreur ou lui attribuant une nouvelle fonction. Avec cette découverte, tout devient possible : créer des espèces qui résistent au changement climatique ; empêcher un insecte de transmettre une maladie... Et comme cela fonctionne chez toutes les espèces vivantes, l'outil n'a pas d'autre limite que l'imagination humaine !

On le pressent, les plus merveilleuses découvertes émergeront de cette révolution. Mais dans le même temps, avec CRISPR-Cas9, le pouvoir de l'homme sur le vivant est désormais sans commune mesure, pour le meilleur comme pour le pire. En devenant éditeur de la nature, l'être humain a maintenant les moyens de se prendre pour Dieu.

Surtout que la simplicité de construction de ce nouveau venu de la génétique est l'un de ses atouts majeurs : pour un laboratoire, concevoir et fabriquer son CRSPR-Cas9 est l'affaire de quelques jours seulement et de quelques dizaines de dollars ! Quand les outils disponibles jusqu'à présent (les enzymes en doigt de zinc et TALEN) nécessitaient des dizaines de milliers de dollars et des mois, ou même des années de préparation.
Les généticiens doivent être vigilants car la moindre erreur peut entraîner des cancers ou désactiver des gènes importants. « Le défi est de montrer que les bénéfices surpassent les risques. « Depuis deux ans et demi, il y a un nouveau joueur dans le secteur, appuis Anthony Perry. Il est incroyablement prometteur, et il serait inconcevable de s'interdire à l'étudier, de rejeter cette promesse.

En témoignent les exemples qui suivent:

Optimiser les gènes pour doper les individus. Rien ne sera plus facile que de modifier les gènes qui règlent nos muscles ou nos globules rouges.

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Soigner toutes les maladies. Même les maladies non génétiques comme le cancer ou le sida pourraient être traitées grâce à des cellules mutées.

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Eradiquer les espèces nuisibles. Espèces invasives, insectes ravageurs, parasites ... Une solution serait de rendre l'espèce nuisible génétiquement sensible à un produit qui ne serait épandu que là où on veut s'en débarrasser.

Corriger le patrimoine génétique de toute la descendance. L'espoir devient réel pour les parents porteurs d'une maladie génétique grave de ne pas la transmettre.

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Inventer de nouveaux animaux de compagnie.

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Produire des OGM mais sans ADN étranger.

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Immuniser des animaux vecteurs de maladies. Paludisme, dengue, grippes ... De véritables pandémies pourraient être endiguées grâce à cette stratégie.

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Ressusciter des animaux disparus.

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Sauver les espèces en danger.

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Source : SCIENCE & VIE, n°1 180, janvier 2016, par EISa Abdoun, Emilie Rauscher, Yves Sciama et Caroline Tourbe.

Science & techniques - transport : pollution aux particules fines : un inventeur a trouvé la solution !

lpv1139 1Il n'y a pas que les pots d'échappement... Dans une voiture, freiner libère aussi de grandes quantités de particules nocives. Qu'un petit « aspirateur », installé sur la roue, peut capter !

Plaquettes et disques de freins émettent, eux aussi, leur lot de particules fines toxiques. Et en quantité (environ 40% des particules polluantes rejetées par le trafic routier proviennent de l'abrasion des pneus, de la route et des freins). La preuve ? Le doigt passé sur une jante se couvre d'une fine poussière noire, produit de l'abrasion du disque et de la plaquette. Or, ces particules fines ne se contentent pas de s'incruster sur la roue. Elles se dispersent aussi dans l'air, où elles affectent la santé.

Une invention prometteuse pourrait réduire ces émissions à quasiment zéro, en captant et retenant les particules à la source, au niveau de la zone de contact du disque et de la plaquette de frein.

lpv1139 2Christhophe Rocca-Serra, inventeur du dispositif, appelé « Tamic », et directeur de Tallano Technologie, qui le développe.

Tamic est en effet constitué d'une turbine qui aspire les particules émises et les envoie, via un conduit, dans un carter de stockage.

L'amiante contenue dans les plaquettes de frein a fini par être remplacée par du cuivre, pas si anodin pour la santé et l'environnement, une fois émis sous forme de particules. Pour réduire la quantité de particules produites, les constructeurs œuvrent à diminuer progressivement la teneur en cuivre (qui représente parfois jusqu'à 20% de la plaquette) pour le remplacer par des matières premières moins nocives.

L'invention de Tallano Technologie doit relever les défis de sa mise en œuvre. D'abord, la turbine doit être assez grande pour aspirer efficacement ; mais pas trop volumineuse pour pouvoir s'insérer dans une roue sans perturber son fonctionnement. Un disque de frein monte à 300°C au point de contact avec Tamic. Lequel doit donc fonctionner avec de telles températures, sans perturber les échanges thermiques habituels.

lpv1139 3Il faut enfin que « l'aspirateur » résiste durablement aux vibrations, à la corrosion. Et que son sac retienne les particules longtemps, idéalement entre deux révisions (une fois par an), pour être vidé par un technicien.

Au bout de deux ans et demi, le dispositif a fini par voir le jour. Son prix de revient serait d'environ 5 euros. Quatre constructeurs d'automobiles sont intéressés. L'un pourrait sortir une gamme de voitures d'ici à la fin de 2016.

L'inventeur espère aussi pouvoir équiper des véhicules anciens. Et, surtout, déployer sa technologie sur d'autres moyens de transport : motos, trains et... métro (à l'intérieur d'une station de métro, le taux de particules fines d'un diamètre de 10 micromètres ou moins peut atteindre jusqu'à 330 microgrammes/m3, contre 20 à l'extérieur.

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Source : Science et Vie, n° 1 180, janvier 2016, signé Muriel Valin.

*Les articles qui figurent dans cette rubrique sont transmis à titre d'information scientifique et / ou Technique. Ils ne sont en aucun cas l'expression d'une prise de position de l'UDISS ou d'un jugement de valeur

   
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