lu pour vous numéro 106

Détails

" Lu pour vous " n° 106*

Sommaire

  • Analyse : l’école de Tirole, la Toulouse School of Economics (TSE)
  • Science-cosmos : en parcourant le système solaire.
  • Science-cosmos : la planète naine Pluto
  • Science-jeune Terre : la vie a commencé il y a 4,1 milliards d’années
  • Electronique : le premier textile vraiment « intelligent » voit le jour
  • Climat-tout ce qui va changer : le scénario le plus probable en France des années 2070-2100
  • Sciences fondamentales : la feuille artificielle, source d’énergie verte

Analyse : l’école de Tirole, la Toulouse School of Economics (TSE)

Un an après son Nobel d’économie, en octobre 2014, le succès du Français, formé à Polytechnique, à Dauphine et au MIT, a porté TSE au pinacle.

Intégré à l’université Toulouse Capitole, cette école a été créée en 2011, permettant la constitution de treize fondations scientifiques, dont celle qui chapeaute TSE, la Fondation Jean Jacques Laffont. Cette structure a réussi à lever 80 millions d’euros en 2006-2007. Le Nobel va faciliter une deuxième levée de fonds privés, une exception en France, ou les universités restent très dépendantes des deniers de l’Etat.

Cette manne permet aujourd’hui à TSE de jouer dans la cour des grands. Avec 160 enseignants-chercheurs, l’école est onzième au classement RePec, qui départage les meilleurs départements d’économie mondiaux. Mieux, Toulouse Capitole est l’une des deux universités françaises à figurer dans le Top 100 du palmarès de Shanghai dans la catégorie économie et gestion. Ce qui permet à l’institution de la Ville rose d’attirer des chercheurs de renom des meilleures universités américaines.

En cette rentrée, cinq nouveaux chercheurs ont été recrutés, notamment dans la nouvelle chaire sur le numérique.
Côté scolarité, cette fac d’élite compte désormais 2800 étudiants, dont 46% d’étrangers. Avec la consécration de Jean Tirole, les demandes sont nombreuses, et la sélection est plus exigeante pour intégrer le programme grande école de TSE.

Source : Challenges, n° 448, du 8 au 14octobre 2015, signé F.F.

Science - cosmos : en parcourant le système solaire.

lpv1051Huit planètes, cinq planètes naines, au moins 146 lunes, plus d’un demi-million d’astéroïdes connus et en plus environ 4 000 comètes, le système solaire est plus rempli que vous le croyez. Laisser vous entraîner dans un voyage cosmique.

L’âge de notre système solaire est de 4,5 milliards d’années. La science ne reçoit que lentement un aperçu des ampleurs infinies. La sonde « New Horizons » de la Nasa vient juste de visiter Pluto. Pour la première fois, 85 ans après sa découverte, l’humanité sait quel aspect elle a. Cette traversée du système solaire nous mène jusqu’à Plut et au- delà.
Au départ es le Soleil qui rassemble 99,8% de la masse totale de notre système solaire. L’action de gravitation du soleil a rendu possible la formation des planètes, Terre incluse.

A l’échelle de la voie lactée, le Soleil est une étoile moyenne tout à fait normale. Avec une température de 5 000° à sa surface et jusqu’à 15 millions de degrés Celsius à l’intérieur, le Soleil puise son énergie du procès de fusion nucléaire (hydrogène – hélium). Cette énergie tiendra encore 5 à 6 milliards d’années, ensuite le Soleil se dilatera tellement qu’il avalera la Terre.

Au-delà du Soleil, on va vers la froideur. Première station, le Mercure avec la plus grande variation de température de toutes les planètes, de moins 180°C à + 430°C. A cause de sa proximité avec le Soleil, la partie orientée vers lui est chaude, celle opposée devient froide.
Sa surface est pleine de cratères. Aux deux pôles, les cratères sont pleins de glaces.

A cause de sa proximité avec le Soleil, Mercure n’a été que rarement visité par une sonde. En 1975, la sonde US « Mariner 10 » a l’approché jusqu’à 320 km. La première sonde dans son orbite a été « Messenger » en mars 2011 ; en avril 2015, elle s’est écrasée volontairement à sa surface.

Après la lune, Venus est l’objet le plus lumineux du ciel nocturne. Son atmosphère dense est formée à 96 % de CO2, la pression est de 90 fois celle à la surface de la Terre. La température moyenne à sa surface est de 460°. Des métaux comme le plomb sont liquides. Des pluies d’acide sulfurique et son vulcanisme font de venus un endroit inconfortable. Depuis avril 2006, la sonde européenne « Venus Express » envoie des renseignements depuis son orbite.

Vu de l’univers, la Terre est reconnaissable par sa couleur bleue. 70% de sa surface sont couverts par les mers, d’une profondeur moyenne de 3 500 mètres. La station spatiale internationale et de nombreux satellites surveillent en permanence les activités sur notre planète.
La lune est le premier corps extraterrestre visité par les hommes. Les cratères observés sont surprenants ; le plus grand, à son pôle Sud, n’est pas visible de la Terre.

Premier atterrissage en douceur, la sonde soviétique « Luna 9 » en février 1966. Juillet 1969, deux hommes de la mission « Apollo 11 » marche sur la lune.

Sur le chemin vers Mars, le vol passe à côté d’astéroïdes « Apollo-Typs » dont plus de 7 000 sont connus.

Après Mercure, Mars est la deuxième plus petite planète du système solaire. Parce que sa surface est couverte en bonne partie avec de l’oxyde de fer poussiéreux, elle est connue comme la planète rouge. Malgré son atmosphère très peu chargé, il y a des orages. Suivant l’endroit et la période, la température varie entre -153° et + 25° Celsius. La gravitation est de deux tiers inférieure à celle de la Terre.

Olymp Mons est le plus haut volcan du système solaire, il s’élève à 25 kilomètres au-dessus de son environnement, presque trois fois plus élevé que le Mont Everest. On y trouve aussi les ravins les plus profonds du système solaire, dans Valles Marineris cela descend à pic sur sept kilomètres.

Mars est l’une des destinations préférée des sondes cosmiques. En juillet 1965, la sonde US « Mariner4 » envoie les premières photos d’une distance de 10 000 km. Premier atterrissage réussi de la sonde soviétique « Mars 3 » en décembre 1971 ; les européens avec « Beagle 2 » en décembre 2003. « Mars Express » tourne en orbite depuis décembre 2003 et le robot de la Nasa « Curiosity » a découvert entre autre qu’il y a de l’eau liquide sur Mars.

En allant vers la marge du système solaire, on croise la route de la ceinture d’astéroïdes, dont on en connaît un demi- million. Ces fragments de dimension variables sont des résidus du premier âge du système solaire.

Ils sont souvent en collision soit entre eux ou, s’ils sont éjectés de leur chemin, aussi avec d’autres planètes. Sur la Terre il y a eu déjà des impacts, en partie avec des conséquences dramatiques, mais dans l’avenir proche il n’y a pas de danger d’une collision directe.

Dans la ceinture d’astéroïdes tourne aussi une planète naine « Ceres », qui présente d’importantes taches blanches, dont on ne connaît pas encore l’origine.

La sonde de la Nasa « Dawn » tourne autour de Ceres depuis mars 2015 pour soutirer ses secrets.

Les comètes ont leurs origines également dans le premier âge du système solaire.

La sonde « Rosetta » tourne depuis août 2014 autour de « Tschuri » avec le petit robot « Philae » en activité sur la comète même.

Au-delà, commence la région des planètes gazeuses. Jupiter, la plus grande et la plus massive de toute la famille ; elle couvre 70% de la masse totale des planètes.

Fin 1973, la sonde de la Nasa « Pioneer 10 » a envoyé des données de Jupiter à 130 000 kilomètres de la Terre. Et la sonde « Galileo » a lâché en décembre 1995 une petite sonde dans l’atmosphère de Jupiter qui s’est consommé en brûlant, en 2003.

Autour de la planète il y a au moins 50 lunes, plus que sur toute autre planète. Sur le géant Ganymed, plus grand que Mercure, on trouve un océan d’eau sous une glace épaisse.

La sonde de la Nasa « Juno » est en route vers Jupiter, elle devra atteindre la planète en moins d’un an. « Europa » fascine les chercheurs. C’est une balle de neige volante. On spécule qu’il y aurait là de formes simples de vie. ESA veut envoyer en 2022 la sonde « Juice », au moins au plus près de cette lune de Jupiter.

Le suivant géant gazeux est Saturne. La deuxième plus grande planète est connue avant tout pour ses anneaux, composés d’eau glacée et de fragments de pierres. . Il y a plus de 100 000 anneaux individuels, en partie avec un diamètre de presque un million de kilomètres.

Comme sur Jupiter, sur Saturne se déchaîne d’immenses orages, dont les dimensions sont à peine imaginables. Ils tournent durant des mois à travers l’atmosphère et laissent jaillir des éclairs gigantesques, dix mille fois plus puissants sue ceux sur Terre. Et Jupiter a également un noyau solide.

Depuis septembre 1979, l’humanité connaît l’aspect de Saturne par le premier vol dans son voisinage, à une distance de 22 000 kilomètres, de la sonde américaine « Pioneer 11 ». Depuis juillet 2004, la sonde « Cassini » tourne autour de Saturne et continue d’envoyer des renseignements jusqu’à ce jour. La planète a, comme la lune Ganymède de Jupiter, un diamètre supérieur à celui de Mercure. Sur sa surface, normalement cachée sous une épaisse atmosphère, l’atterrisseur « Huygens » de l’Esa a pu néanmoins, en janvier 2005, rassembler des données pendant 70 minutes. On trouve aussi des océans géants d’hydrocarbures.

L’arrêt suivant : Uranus, autre planète gazeuse. Elle dégage une lueur bleu-vert, car le méthane de son atmosphère avale une partie de la lumière affluente du Soleil.

Personne n’a encore vu le petit noyau caché sous l’atmosphère. Cette planète dispose d’un axe de rotation particulier. Il avance en roulant sur sa trajectoire, probablement à cause d’une collision lointaine.

Jusqu’à ce jour, c’est seulement la sonde US « Voyager 2 » qui s’est rapprochée en janvier 1986 à 71 000 kilomètres. Et, il n’y a aucune mission prévue dans les deux décennies à venir.

Plus loin encore, se trouve Neptune, planète glacée. Il a également une atmosphère dense, avec des orages à plus de 2 000 kilomètres à l’heure.

Dans l’atmosphère, une saison dure 40 ans.

« Voyager 2 » a été également le premier visiteur de Neptune en août 1989, se rapprochant du pôle Nord, avant de continuer son chemin vers l’extérieur.

Sa lune Triton est l’endroit le plus froid du système solaire, avec – 235° Celsius en surface.

On arrive à la ceinture Kuiper. La lumière du Soleil devient très faible, elle arrive au bout de plus de 4,5 heures. Autant durera aussi un voyage, si on volait à la vitesse de la lumière.

Le système solaire n’est pas encore à sa fin. Les astronomes connaissent mal la structure du nuage d’Oort. Là, se trouveraient des objets inimaginables, des restes de la formation du système solaire, des masses de roche et de glace. Personne n’a encore observé le nuage. On pense qu’elle représente le tas d’ordures du système solaire. Par l’effet de la gravitation, il y a des objets qui pénètrent à l’intérieur du système solaire, formant des comètes à périodes longues.

Le bord du nuage d’Oort pourrait se situer à 1,6 an de lumière de la Terre. C’est presque la moitié du chemin à l’étoile la plus proche, Proxima Centauri. Elle est nettement plus petite que le Soleil et n’a qu’une huitième de sa masse. Même en voyageant à la vitesse de la lumière, son voyage nécessite plus de quatre ans ; exprimé autrement, si la distance du Soleil à la Terre serait de un mètre, Proxima Centauri serait à une distance de 270 km.

Source : Der Spiegel on line du 20 octobre 2015, rédaction : Hoger Dumbeck / documentation Almut Cieschinger, Sarah Omar / layout : HanzSayami / coordination : Jule Lutteroth.

La planète naine Pluto.

Après plus de neuf ans et avoir traversé 5 milliards de kilomètres, en mi-juillet 2015, la sonde « New Horizons » atteint Pluto et l’a examiné avec sept instruments scientifiques. Suivant les informations de la Nasa, la sonde a commencé début septembre d’envoyer des photos et d’autres données vers l’institut de recherche de Boulder (état de Colorado, US).

Elle a d’abord mesuré exactement son diamètre, 2 374 kilomètres. Pas d’aplatissement, comme sur Terre, c’est une boule parfaite.
La surface de Pluto est glacée. On voit des montagnes se dressant jusqu’à 3 000 m d’altitude, formées probablement de glace.
On trouve relativement peu de cratères d’impact, ils ont dus disparaître par des processus géologiques actifs. Cela signifie que la plaine, exempt de cratères, « Sputnik Planum » doit être géologiquement très jeune, mais on ne sait pas quelle source d’énergie actionne l’activité géologique. Dans cette plaine, la sonde à découvert des indices d’une sorte de glaciers ; on observe comment des couches de glace ont contourné des obstacles.

La diversité des couleurs a également surpris les chercheurs ; à côté de plaines de glace complétement blanches, on remarque des paysages rougeâtres et légèrement bleuâtres. Les tons rouges provient probablement de liaison de carbone, dénommées Tholin, qui se forment sur Pluto du mélange carbone-méthane, à l’aide de la radiation ultraviolette ou par bombardement de particules cosmiques rapides.

L’atmosphère de Pluto est faible, la pression sur la surface est de 10 millionièmes bars, un cent millième de celle sur Terre. La lune Charon avec un diamètre de 1 212 kilomètres présente également des paysages variés, entre autres un système de canyon gigantesque, d’une profondeur de un kilomètre, quatre fois plus long que celui sur Terre. Charon paraît avoir une activité géologique semblable à celle de Pluto.

« New Horizons » a étudié aussi les deux petites lunes de Pluto, Hydra de 40x30 km et Nix de 50x30 km. Les deux lunes réfléchissent fortement la lumière solaire, ce qui suppose une surface couverte de glace très propre.

Source : Der Spiegel on line du 15 octobre 2015, science-cosmos, signé boj/dpa.

Science – jeune Terre : la vie a commencé il y a 4,1 milliards d’années.

La Terre n’avait même pas 500 millions d’années, et elle était déjà peuplée des premiers êtres vivants.
D’après l’étude des chercheurs parue dans la revue « Proceedings of the National Academy of Sciences », les premiers êtres vivants sont apparus 300 millions d’années avant la date qu’on pensait jusqu’ici.

Les chercheurs de l’University of California ont analysé 10 000 soit disant zircones de l’ouest de l’Australie. Ce sont des minéraux résistants et stables formés de roches fondues. A l’intérieur, on trouve encore des traces du milieu ambiant des temps d’autrefois.

Bell et ses collègues ont découvert plus de 650 zircones contenant des indices de la première vie sur Terre. Ils ont analysé la teneur en carbone de 79 d’entre eux, et ont trouvé dans un, en deux endroits, une part particulièrement grande de l’isotope 12 du carbone. Celui-ci se forme par des êtres vivants qui tirent leur énergie de la photosynthèse.

Du rapport de plomb et de l’uranium, les chercheurs ont calculé l’âge des zircones : 4,1 milliards d’années.
Comme la roche analysée n’a pas été brisée avant les recherches actuelles, les chercheurs sont très sûrs de leur analyse.

Source : Der Spiegel on line du 20 octobre 2015, signé jme.

Electronique : Le premier textile vraiment « intelligent » voit le jour.

lpv1052Aujourd’hui ce qu’on appelle les »smart textiles » désigne essentiellement des tee-shirts connectés et lumineux sur lesquels des capteurs ou petits écrans sont accrochés... Or, l’étape ultime, et complexe, pour les ingénieurs consiste aujourd’hui à intégrer un véritable écran flexible directement dans un tissu.

Ce défi vient d’être levé par des chercheurs du Holste Centre à Eindhoven (Pays-Bas). Comme les écrans souples existants ne peuvent pas être étirés et courbés dans tous les sens comme du textile, au risque de se fissurer, ils ont trouvé une parade : monter des LED, habituellement rigides, sur un substrat en polyamide, et les encapsuler dans du caoutchouc.

Ils ont ainsi conçu le premier écran AMOLED (32x32 pixels) extensible qui peut être intégré dans des tissus. Particulièrement fin (3 mm), celui-ci permettra, une fois couplé à différents capteurs, d’afficher des informations, comme la fréquence cardiaque et les calories dépensées, directement sur le tee-shirt. Selon Jeroen van den Brand, qui a participé aux recherches, il reste encore à « améliorer la résolution et les performances de l’écran, et le rendre aussi parfaitement lavable en machine ».

Source : Science et Vie, n° 1178, novembre 2015, signé L.B.

Climat- tout ce qui va changer : le scénario le plus probable en France des années 2070-2100.

lpv1055Vers un bouleversement des climats et des paysages :

Voici les projections du climat de la France des années 2070 – 2100.

Une projection parmi d’autres, car il existe plusieurs scénarios d’émissions de CO2 (voir tableau) et différents outils de simulation numériques.

Nous avons choisi un scénario médian (trait vert), correspondant à un changement mondial de 1,7 à 3,2°C, simulé par le modèle Aladin-Climat exploité par Météo-France.

Constat frappant : le changement climatique n’aura rien d’homogène à l’échelle du territoire, la vallée du Rhône devrait subir un réchauffement trois fois supérieur à celui de la pointe du Cotentin !

Quelle que soit leur ampleur, ces dérèglements auront un impact sur les activités et les paysages les plus emblématiques de nos régions.

 

 

 

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Source : Science et Vie, n° 1178, novembre 2015.

Dossier réalisé par Vincent Nourygat, avec Pierre-Yves Bocquet, Thomas Cavaillé-Fol, Florenza Gracci, Angélique Le Touze, Alexandra Pihen, Yves Sciama, Caroline Tourbe. Bruno Bourgeois (cartes).

Pour plus de détails par région, consulter ce dossier spécial aux pages 47 à 128 de ce numéro de Science et Vie.

Sciences fondamentales : la feuille artificielle, source d’énergie verte.

Un peu d’eau dans un bocal, un rayon de soleil et des bactéries génétiquement modifiées. Voilà tout ce dont le professeur Daniel Nocera à l’université Harvard (Cambridge, Etats-Unis), a besoin pour fabriquer.... un carburant capable de remplacer le pétrole !
Réalisée pour l’heure sur une paillasse en laboratoire, cette expérience annonce peut-être une révolution énergétique dans les décennies à venir. Car les scientifiques espèrent bien réussir, un jour, à remplacer en partie les ressources énergétiques fossiles par un carburant vert produit grâce à l’énergie solaire.

En 2050, la planète comptera plus de 9 milliards d’habitants et engloutira pas loin de 28 térawatts de puissance chaque année, soit environ... une fois et demi la consommation actuelle.

Pour tenter de fabriquer ce carburant solaire, les scientifiques s’inspirent de la nature qui, chaque jour, réalise cet exploit sous nos yeux grâce à la photosynthèse. A partir d’eau, de soleil et du dioxyde de carbone de l’air, les plantes produisent en effet des sucres comme le glucose, un carburant cellulaire qu’elles utilisent pour leur croissance. Grâce à la photosynthèse artificielle, les scientifiques espèrent quant à eux fabriquer de l’hydrogène, un gaz qui produit de l’électricité lorsqu’il alimente une pile à combustible, ou du carburant liquide qui pourrait directement venir remplir le réservoir des voitures.

lpv1056La nature a trouvé comment stocker l’énergie solaire.

En une heure, notre étoile déverse sur Terre l’équivalent de la consommation énergétique annuelle mondiale ... Mais, chaque fois qu’elle se cache derrière les nuages ou disparaît derrière l’horizon, la production diminue ou s’arrête. Pour alimenter nos installations le soir ou l’hiver, il faudrait stocker l’énergie produite. Or, à ce jour, aucune technologie n’est capable de le faire à l’échelle d’un pays par exemple.

Or la nature, elle, a trouvé un moyen efficace pour y parvenir : elle utilise les liaisons chimiques. A partir d’eau et de CO2, les plantes savent encapsuler une partie du rayonnement solaire sous forme de molécules carbonées (les sucres). Ces molécules sont des concentrés d’énergie : quand on les brûle, lors de la respiration par exemple, l’énergie contenue dans leurs liaisons chimiques est libérée pour être utilisée par les cellules. Les molécules riches en énergie qui intéressent les chercheurs ne sont pas des sucres, mais plutôt des carburants comme l’hydrogène, les hydrocarbures ou le méthane.

La mise en œuvre du programme reste une gageure. Déjà, une trentaine d’années aura été nécessaire pour comprendre la mécanique complexe de la photosynthèse naturelle. Car au cœur de chaque feuille se trouve une usine miniature ou s’enchaînent de multiples étapes orchestrées par des enzymes et des pigments tels que la chlorophylle (voir l’infographie en annexe).

Un panneau solaire branché sur un électrolyseur.

Certains scientifiques ont bien tenté de mimer ces rouages naturels en imitant leur structure chimique, sans grands résultats. De plus, le rendement de la photosynthèse ne dépasse pas 1% chez les plantes, or il faut que nous fassions beaucoup mieux pour que le procédé soit viable.

Pour réaliser une photosynthèse artificielle, de nombreux scientifiques se sont donc tournés vers des matériaux plus robustes comme des métaux ou des oxydes. Dès la fin des années 1990, les chercheurs américains ont produit ainsi de l’hydrogène à un rendement de dix fois supérieur à la photosynthèse naturelle. Pour ce faire, ils ont directement branché un panneau solaire sur un électrolyseur, un appareil capable d’arracher les protons de l’eau puis de les recombiner sous forme d’hydrogène sous l’impulsion d’un courant électrique. Las, le dispositif ne fonctionne pas plus d’une journée et utilise des métaux rares et coûteux tels que le platine pour catalyser la réaction.

Les scientifiques se sont donc mis en quête d’un système tout intégré capable de capter la lumière du Soleil et de produire de l’hydrogène à partir d’eau, le tout avec des matériaux résistants et peu coûteux... une feuille artificielle, en somme !

Et c’est précisément cette feuille artificielle que Daniel Nocera, professeur au MIT (Etats-Unis), avait annoncé avoir mis au point dès 2011.
Une fois trempé dans l’eau et exposé au Soleil, son dispositif, une plaque de quelques centimètres carrés, produit en effet de l’oxygène d’un côté, de l’hydrogène de l’autre.

Mieux, la réaction peut se dérouler avec l’eau du robinet, à l’air libre et à température ambiante. La feuille est constituée d’une couche de silicium chargée de capter la lumière (comme dans les panneaux solaires) et recouverte de part et d’autre par des catalyseurs bon marché à base de cobalt, de nickel, de molybdène et de zinc. Et alors que les systèmes de photosynthèses artificielles ne fonctionnaient jusqu’ici que quelques heures, le chercheur américain affirme avoir fait tourner le sien pendant plusieurs mois. « Daniel Nocera est le premier à avoir montré que ça pouvait marcher ! », estime Bill Rutherford. Aujourd’hui, sa feuille artificielle produit de l’hydrogène avec un rendement de 12%. D’autres dispositifs similaires flirtent avec les 10%, comme ceux du CCI Solar Fuel (Center for Chemical Innovation) ou Caltech au Joint Center for Artificial Photosynthesis.

Malgré ces résultats encourageants, la feuille artificielle comme source d’hydrogène n’a pas poussé autant que les chercheurs l’espéraient. » Le marché n’est pas encore prêt à passer à l’hydrogène », reconnaît Daniel Nocera. En début d’année, il annonçait la mise au point d’une feuille « bionique » capable de produire de l’isopropanol, un carburant liquide, à l’aide de bactéries. Ces organismes génétiquement modifiés fabriquent la molécule d’alcool à partir de CO2 et d’hydrogène provenant d’une feuille artificielle (voir l’infographie ci-dessous).

Une équipe américaine du Laboratoire Lawrence- Berkeley utilise elle aussi des bactéries, mais pour synthétiser du méthane. L’industriel Toshiba annonce quant à lui avoir réussi à fabriquer du monoxyde de carbone, un précurseur du méthane. Le japonais envisage une mise en œuvre à grande échelle dès 2020. De son côté, Daniel Nocera affirme que le rendement de sa feuille bionique approche les 10%, suffisant estime-t-il pour passer à l’échelle industrielle.

Nous n’en sommes qu’au début de l’aventure. « Déployé à grande échelle sous forme de films souples ou rigides remplis d’eau, ce type de dispositif pourra non seulement produire des hydrocarbures pour alimenter le réservoir de nos voitures, mais aussi tout type de molécules carbonées comme des médicaments, de l’engrais, des précurseurs du plastique, etc. », s’enthousiasme Daniel Nocera. « En utilisant l’eau de mer, disponible en grande quantité, il sera un jour envisageable de remplacer toute la pétrochimie », renchérit Harry Gray.

Source : Science et Avenir, n° 825, novembre 2015, par Audrey Boehly.

*Les articles qui figurent dans cette rubrique sont transmis à titre d'information scientifique et / ou Technique. Ils ne sont en aucun cas l'expression d'une prise de position de l'UDISS ou d'un jugement de valeur

 

   
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