AGENDA  

Aucun évènement à venir!
   

IESF  

iesf

   

lu pour vous numéro 92

Détails

" Lu pour vous " n° 92*

Sommaire

  • Stratégie : Lisi est intraitable sur l'expertise
  • Réflexions & débats : pourquoi les informaticiens rêvent d'immortalité
  • Science & découvertes : cellules eucaryotes, l'hypothèse que personne n'attendait
  • Survie : les résistants de l'Antarctique
  • Le génie des animaux : les fourmis, tueuses nées
  • Découverte : le chant du singe

Stratégie : Lisi est intraitable sur l'expertise.

Le spécialiste des fixations pour l'aéronautique et l'automobile a investi dans les technologies pointues pour devenir un sous-traitant incontournable.
Avec 1,3 milliard d'euros de chiffre d'affaires en 3014, deux fois plus qu'en 2009, le spécialiste français des fixations pour l'aéronautique et l'automobile LISI s'apprête à franchir la barre du milliard et demi de ventes, qui le fera entrer dans la catégorie Insee des grandes entreprises.

« Nous voulons garder l'agilité, la ,flexibilité et surtout la mentalité d'une PME, en unvestissant intelligemment, assure le vice-PDG ».
Héritier de l'orlogerie Japy, née en 1777 près de Montbéliard, la Lisi moderne, fondée en 1968, est passé sans bruit de la visserie-boulonnerie aux pièces ultra-techniques, fixations vissées ou « clippées » , pièces de moteurs ou de structures d'avion. « Ils ont su monter en gfamme pour devenir incontournables auprès d'Airbus, Boeing, et des constructeurs d'automobiles, sousligne Christophe Ménard, analyste chez Kepler Cheuvreux.

DE fait, Lisi – acronyme de Link Solutions for Industry- a su prendre les bons trains stratégiques. Sans lâcher l'automobile (toujours 34% de ses ventes), il a racheté depuis 2011 trois spécialistes reconnus de pièces de fuselages et de moteurs d'avions
Fort de sa présence sur les grands programmes mondiaux (Airbus 320 neo et A350 d'Airbus, 737 MAX de Boeing, C919 chinois), l'industriel vise à court terme un chiffre d'affaires de 1 milliard d'euros dans l'aéronautique ( 7387 millions en 2014).
La patte LISI ? D'abord, l'investissement permanent dans ses usines. Le groupe y consacrera 100 millions en 2015, deux fois plus qu'en 2010, pour répondre aux augmentations des cadences de production exigées par ses clients. « Nous ouvrons ou reconstruisons intégralement deux usines par an en moyenne », souligne Emmanuel Viellard.

L'autre pilier est la spécialisation de ses 41 sites industriels, dont chacun est un centre d'excellence : l'usine de Marmande ' Lot-et-Garonne) est experte des pièces de structure de moteurs d'avion et pièces en titane pour l'A 350 ou le B 787. Le site de Dasle ( Doubs) est la référence pour les écrous d'automobiles, celui de Delle ( Territoire de Belfort) pour les vis.

Aujourd'hui, le franc-comtois applique sa recette sur le marché médical, toujours par acquisition. Lisi est devenu spécialiste des implants, prothèses et fixations pour la chirurgie dentaire et orthopédique, un relais de croissance mondial qui pèse déjà 6% de ses ventes et affiche la plus forte croissance par branche en 2014 ( + 11%).

Source : CHALLENGES, n° 425, 19 mars 2015, signé Vincent Lamigeon.

 

Réflexions & débats : pourquoi les informaticiens rêvent d'immortalité.

L'indépendance des objets informatiques vis-à-vis de leur support matériel soutient le fantasme d'une vie éternelle.
L'idée d' »un réseau éternel , car sans cesse réparé, mène directement à celle d'un corps immortel, qui serait lui aussi sans cesse réparé.
Cela fait bientôt quatre mille ans que nous lisons L'épopée de Gilgamesh et nous devions avoir compris que les dieux nous ont imposé la mort comme la vie, et qu'il n'est de ce fait pas dans la nature de l'homme d'être immortel. Pourtant, le rêve de concevoir des robots- médicaments qui réparent le corps en permanence ou celui, plus ancien, de transférer l'esprit d'un être humain sur un support moins altérable que son cerveau semblent raviver cette flamme mal éteinte du désir d'échapper à la mort.

Certains se moquent de la puérilité de ces projets, d'autres en sont scandalisés. Mai essayons ici de comprendre pourquoi ceux qui ressuscitent ce désir d'échapper à la mort sont souvent des informaticiens.

Quelles sont les idées qui, dans l'informatique, font naître ce déraisonnable espoir d'une vie sans fin ?

Une première idée est celle d'indépendance du logiciel par rapport au matériel, à savoir qu'un même programme peut être utilisé sur des ordinateurs différents, être transféré d'un ordinateur à un autre, y compris au cours de son exécution , et fonctionner encore longtemps après que l'ordinateur sur lequel il a été développé a été mis au rebut.

L'informatique renoue ainsi avec la philosophie de l'idéalisme - non pas avec la thèse que l'esprit existe hors de la matière , mais avec celle que, même si l'esprit est toujours incarné dans la matière, la façon dont il l'est est, au bout du compte, secondaire. De cette idée d'indépendance du logiciel par rapport au matériel à celle de transfert de l'esprit d'un être humain sur un autre support que son cerveau, il n'y a qu'un pas.

Une deuxième idée est la plasticité des objets informatiques. Le succès du réseau Internet, par exemple, s'explique par le fait qu'il a été conçu pour continuer à fonctionner même quand on lui ajoute ou retire des ordinateurs. Ainsi, ce réseau fonctionne depuis bientôt 50 ans même si aucun de ses ordinateurs initiaux n'est encore en état de marche. Et nous n'avons aucune raison de penser qu'Internet disparaisse un jour, car, tant que nous voudrons le garder en état de marche, il suffira, à tombera en panne, de le remplacer par un autre.
En informatique, un couteau dont on change successivement la lame et le manche reste le même objet, car son identité est assurée par la continuité de sa fonction. Cette idée d'un réseau éternel, car sans cesse réparé, mène directement à celle d'un corps immortel, qui serait, similairement , sans cesse réparé

Au-delà de ces deux idées, il est possible que le fol espoir d'une vie éternelle ait son origine dans une transformation plus profonde de notre culture, portée par l'informatique, à savoir que la complexité ne nous fait plus peur. Un poste de radio comportait rarement plus de quelques dizaines de composants ; une locomotive à vapeur, rarement plus de quelques milliers ; mais les ordinateurs sont souvent constitués de plusieurs milliards de transistors, les programmes de centaines de millions de lignes et les données manipulées par ces programmes, de millions de milliards de bits. Ces objets permettent à leur tour de fabriquer des objets très complexes, par exemple des démonstrations mathématiques de centaines de millions de pages. De ce fait, simuler, transférer ou réparer un corps composé de quelques 1015 à 1017 cellules me semble plus si inconcevable.

Les nouveaux rêves d'une vie sans fin nous montrent à quel point notre rapport à la complexité a changé. Et aussi, quoi qu'en dise L'Epopée de Gilgamesh, la vie éternelle n'est peut être pas aussi impossible que le sont, par exemple, la quadrature du cercle ou le mouvement perpétuel.

Source : Pour la Science, n° 450, avril 2015, Homo sapiens informaticus, chronique de Gilles Dowek, chercheur à l'Inria.

Science & découvertes : cellules eucaryotes, l'hypothèse que personne n'attendait.

lpv921Comment sont apparues les cellules à noyau ? Jusqu'ici l'idée prévalait qu'une cellule avait grossi puis créé son noyau. Mais de zones d'ombre subsistaient. ... A vant qu'un nouveau scénario ne renverse toute l'histoire. Lumineux.

Jeux de membranes qui l'entourent – les mitochondries étant d'anciennes bactéries avalées par leur hôte. Cela semblait logique.
Problème : on ne connaît pour l'heure aucun procaryote capable d'un trafic de membrane... Et il est difficile d'expliquer comment s'est mise en place l'organisation intracellulaire labyrinthique que l' »on observe aujourd'hui.

Or, voici qu'un biologiste vient renverser toute l'histoire. Spécialiste de l'évolution à l'université du Wisconsin ( Etats-Unis) , David Baum affirme aujourd'hui que « l'œuf » est apparu avant la « poule ».

lpv922Selon lui, la cellule initiale – celle qui fit le grand saut pour devenir eucaryote – aurait, dès le début du processus, constitué le noyau, et c'est ce dernier qui aurait « piloté » le développement d'un nouveau corps autour de lui ( voir infographie ci-dessous).
Ce scénario, présenté pour la première fois il y a quelques mois, a l'avantage d'expliquer, via un unique processus, l'origine si mystérieuse des enchevêtrements de membranes internes : ces derniers seraient les témoins de la naissance des eucaryotes. Qu'un scénario élucide ce qui reste jusqu'ici inexplicable plaide évidemment en sa faveur.

« Ce n'est qu'en 2012, quand j'ai commencé à m'intéresser à l'origine de la vie, que j'ai décidé d'approfondir cette vieille idée ( intuition en 1984 alors que j'étudiait à Oxford) ».

Il échange avec son cousin Buzz Baum, biologiste cellulaire à l'University College of London.Dès que les deux biologistes commencent à assembler leurs connaissances, tout s'emballe.

« Et quand nous avons réalisé que notre hypothèse expliquait certains mystères de l'organisation des cellules, ce fut pour moi comme la découverte soudaine que, oui, tout ceci pouvai être vrai ».

lpv923Si tout le monde n'est pas forcément d'accord avec ce modèle, on s'entend pour souligner son audacieuse simplicité .

« C'est une approche vraiment originale qui a permis de faire évoluer mes propres idées sur le sujet », souligne Etienne Joly, biologiste à l'Institut de pharmacologie et de biologie structurale ( CNRS) à Toulouse. Qui souligne néanmoins un point moins convaincant de l'étude, lié au rôle des mitochondries. Mais discuter le scénario, c'est déjà le prendre au sérieux.

David Baum conduit actuellement une série d'analyses génétiques pour tester justement ses idées sur ce point. Son cousin s'est lancé dans des expériences chez des eucaryotes et des archées. Tous deux ont une série de porédictions qu'ils voudraient tester pour que le mystère de la naissance de nos cellules soit enfin résolu. Et que le débat soit tranché : au début « l'œuf » ; et ensuite « la poule ».

 

     

Survie : les résistants de l'Antarctique

lpv924Les manchots empereurs survivent quatre mois sans se nourrir.... ni geler, même par -40° ! Leur secret : une isolation thermique à toute épreuve et une organisation sociale millimétrée.

Il choisit l'hiver comme saison des amours et l'Antarctique comme lieu de reproduction.... Autrement dit, l'environnement le plus froid qu'il puisse trouver sur Terre. Les températures moyennes y descendent jusqu'à moins 40°C au mois de juin, durant la longue nuit polaire. Et lorsque le blizzard souffle sur la côte à 250 km/h, la température ressentie est de – 200°C ! Comment le manchot empereur, Aptenodytes forsteri, parvient-il à survivre dans cet enfer ? Son secret réside dans toute une série d'adaptations anatomiques, physiologiques et comportementales qui lui permettent notamment de maintenir sa température corporelle en dépensant un minimum d'énergie.
Comme tout animal à sang chaud, le manchot dispose d'une zone de neutralité thermique : une fourchette de températures extérieures entre lesquelles son organisme ne lutte ni contre le froid, ni contre le chaud.... et ne consomme aucune énergie pour sa régulation thermique. Alors que chez l'homme, cet écart est très mince ( entre +25°C et + 30°C), « il s'étend, chez le manchot empereur, de – 10°C à + 20°C », souligne les auteurs d'une récente étude franco-écossaise ».

D'après les scientifiques , cette insensibilité au froid est essentiellement assurée par le plumage. Le manchot est l'oiseau qui présente la plus grande densité de plumes par centimètre carré de peau. Courtes et raides, elles sont disposées en diagonale et s'imbriquent les unes dans les autres, ce qui crée une structure « coupe-vent » imperméable à l'eau. Des images infrarouges montrent que la température du plumage externe est égale à celle de l'air ambiant. Les seuls points plus chauds – traduisant un échange thermique entre l'air et le corps et donc une perte de chaleur – sont les yeux et une partie des ailerons, ainsi que dans une moindre mesure, le bec et les pieds.

La chaleur des artères.

lpv925En outre, la silhouette de ce gros oiseau contribue à limiter les déperditions de chaleur : un corps fusiforme et « des organes périphériques – ailerons, queue – petits par rapport à sa taille », explique Christophe Barbraud, chercheur CNRS au Centre d'études biologiques de Chizé. Cela confère au manchot empereur une surface corporelle inférieure ( de 15% à 30%) à celle d'autres oiseaux du même gabarit.... Et donc une interface d'échange réduite avec l'air froid extérieur.

Par ailleurs, comme tous les manchots, l'empereur dispose d'une épaisse couche de graisse ( 2 à 3 centimètres) et d'un système de circulation sanguine particulier grâce auquel ses pieds ne gèlent pas. Comment ? Par un transfert de chaleur entre les artères et les veines adjacentes. Le sang qui remonte des pattes vers le cœur est réchauffé par la chaleur émanant de l'artère voisine. Et celui qui arrive dans le pied est déjà refroidi ( ce qui évite une déperdition atmosphérique de la chaleur au contact du sol). « Ainsi, ses pieds sont maintenus à une température supérieure de 0,4° à 1,9° à la température extérieure, précise Christphe Barbraud.
Reste que tout ceci ne suffirait pas si l'oiseau n'avait pas développé une ultime stratégie : la thermorégulation sociale. Au cœur de l'hiver, les femelles retournent en mer afin de reconstituer leurs réserves énergétiques. Les mâles, qui couvent les œufs pendant leur absence, se serrent alors les uns contre les autres afin de se tenir chaud. Ils forment une » tortue » de plusieurs centaines d'individus qui changent constamment de place pour éviter que les mêmes restent exposés au froid. « Sur un mètre carré, on trouve cinq ou six manchots compressés, détaille Christophe Barbraud. Les appareils de mesure ont relevé au centre de la formation une température de +34°C quand il faisait -35¨C à l'extérieur. » Les manchots acquièrent très tôt ce comportement : on le retrouve dans les crèches, ces regroupements de poussins qui ont lieu notamment lorsque les parents s'absentent pour se nourrir.

Graisse et lait de jabot.

La femelle est donc la première à partir en quête de nourriture après la ponte ; elle n'a alors rien mangé depuis deux mois. Mais la capacité à jeûner du mâle est encore plus impressionnante puisqu'il peut tenir 120 jours. Passé ce délai, il se met en route pour regagner la mer et se nourrir à son tour... que sa compagne ait ou non pris le relais. A ce moment, il a perdu près de la moitié de son poids et s'approche dangereusement du seuil létal : 18 kg. Il lui reste alors une toute petite réserve d'énergie sous forme de nourriture non digérée dans l'estomac ( lait de jabot) et de graisse corporelle. Il donne ce « lait » à son poussin afin d'assurer sa survie en attendant le retour de sa mère. Et puisera dans la graisse pour retrouver l'océan, ou il pourra se régaler de krill et de poisson avant de revenir auprès de son petit.

Mais le festin de l'empereur risque d'être à courte durée. Selon les travaux menés par Christophe Barbraud et son équipe, soutenus par l'Institut polaire français, le réchauffement climatique aura un impact très fort sur ses proies, entraînant une raréfaction du krill et des poissons qui le mangent. En effet, cette crevette d'eau froide disparaît en même temps que la glace de la banquise. « Et l'on observe que certaines populations d'empereurs ont diminué depuis plusieurs années. L'une d'entre elles a déjà disparue », avertit le chercheur.

Source : SCIENCE et AVENIR, hors série, n° 181, mars-avril 2015 : Le génie des animaux, par Morgane Kergoat.

Le génie des animaux : tueuses-nées.

lpv926Redoutables tacticiennes, les fourmis maîtrisent un art de la guerre qui n'a rien à envier à celui des hommes.
Que ce soit pour s'emparer de territoires, de ressources ou d'esclaves, les fourmis sont en lutte perpétuelle contre leurs semblables ou d'autres insectes. Chaque espèce a sa propre stratégie, en fonction de sa taille ou de son mode de vie. Très agressives, les fourmis légionnaires jouent sur la masse formidable de leurs bataillons pour envahir rapidement un territoire , certaines envoyant des éclaireurs avant l'assaut. Plus défensives, d'autres entretiennent dans les arbres de véritables « nids-casenes » qui veillent au grain, tandis que les plus petits groupes préfèrent la fuite au combat.

Dans une armée, chaque fourmi a son rôle : les petites ouvrières peuvent être ainsi envoyées en première ligne pour économiser les soldats de grande taille. Les troupes sont plus ou moins disciplinées : au bloc rigide des fourmis légionnaires s'oppose la flexibilité et l'esprit d'initiative des tisserandes.

Sur le champ de bataille, on s'affronte au corps à corps, mais aussi à coups d'acide formique ou de petits cailloux. Et, comme chez les humains, l'hostilité est parfois durable : autour de San Diego, des colonies de fourmis argentines se feraient la guerre depuis l'arrivée de l'espèce en Californie, il ,y a une centaine d'années.

lpv927

lpv928

 

lpv929

Source : Science et Avenir, hors série, n° 181, mars-avril 2015, signé Laurent Brasier

Découverte : le chant du singe.

Une étude révèle que les vocalises des gibbons constituent un langage d'une richesse insoupçonnée, encore plus élaborée que celui des chimpanzés. Un congénère peut ainsi être averti : « Eloigne-toi des branches bas car il pourrait y avoir un serpent caché là...
L'incroyable chant des gibbons, Esther Clarke l'a entendu pour la première fois àSanta Clarita, en Californie, en 2003, au centre fondé par le primatologue Alan Mootnick. « J'ai aussitôt été absolument fascinée », se souvient celle qui est aujourd'hui chercheuse à l'université de Durham dans le nord de l'Angleterre.

Le chant des gibbons ? Un son étrange, doux et lancinant ? « De longues phrases, modulées et rythmiques, qui peuvent s'étendre d'une dizaine de minutes jusqu'à une heure

« Parmi les singes, les gibbons sont les seuls à communiquer avec une telle sophistication. L'étude du langage des gorilles ou des chimpanzés s'est révélée assez décevante. »

lpv9291Sa curiosité est telle qu'elle décide alors de consacrer sa thèse à l'étude du chant des gibbons, rêvant d'en percer le mystère. Durant toute une année, secondée par une assistant, la chercheuse s'est rendu dans la jungle, micro à la main, empruntant les chemins de prédilection des gibbons.

« C'était la première étude conduite avec une approche systématique, en comparant les chants des singes dans toutes les situations, selon le type de prédateur auquel ils pensent avoir affaire, la distance à laquelle celui-ci se trouve, le moment de la journée....
Les centaines d'heures d'enregistrement patiemment récoltées ont mis au jour un langage d'une richesse insoupçonnée. Au total, Esther Clarke a identifié une quinzaine de sons combinés. Elle a publié en 2010 une thèse très remarquée sur la question, confortant l'hypothèse du chant comme moteur de l'évolution du langage.

Pourquoi chez les gibbons ? « Sans doute parce qu'ils vivent dans une forêt dense ou ils ne peuvent pas facilement se voir les uns les autres, et qu'ils ont été contraints de développer un mode de communication plus riche ».
Une grammaire et une syntaxe.

L'histoire ne s'arrête pas là. Elle vient de connaître un rebondissement spectaculaire. Michael Cohen, informaticien passionné de zoologie à l'université du Wisconsin à Madison ( Etats-Unis), s'est intéressé aux travaux d'Esther Clarke. Ayant mis au point un algorithme pour étudier le chant des oiseaux, il a eu l'idée de l'utiliser pour décoder les enregistrements des gibbons. Le jeune scientifique vient ainsi d'identifier plus de vingt-six sons combinés grâce à une grammaire et une syntaxe, soit « un protolangage semblable à celui des premiers hominidés », explique-t-il dans un article publié dans « New Scientist ». Michael Cohen a pu décrypter des phrases comme celle-ci : « Eloigne-toi des branches basses car il pourrait y avoir un serpent caché là. » Il ambtionne de tirer de ses travaux une sorte de pierre de Rosette permettant de traduire le sens précis de chacune des vocalises des gibbons.

Cette découverte sensationnelle ébranle sérieusement la thèse d'un mur infranchissable entre d'un côté, les humains, seuls à utiliser un langage complexe et articulé, et de l'autre, les animaux. Et ce n'est pas la première.

Au milieu des années 1970, il y a eu cette expérience réalisée par le célèbre psychologue américain Gordon Gallup avec Sarah, une femelle chimpanzé formée au langage des signes. Il lui demanda de classer d'un côté des photos d'humains – les membres de l'équipe qui travaillait avec elle – et, de l'autre, les signes de sa famille. Sarah fit résolument deux piles de photos. D'un côté elle plaça tous les singes, notamment son propre père. De l'aitre, tous les humains. Et dans ce dernier tas, sans hésitation, elle mis sa propre photo.

Source : Le Nouvel Observateur, n° 2630, du 2au 8 avril 2015, par Véronique Radier.

*Les articles qui figurent dans cette rubrique sont transmis à titre d'information scientifique et / ou Technique. Ils ne sont en aucun cas l'expression d'une prise de position de l'UDISS ou d'un jugement de valeur

   
© UNION DES INGÉNIEURS ET SCIENTIFIQUES DES SAVOIE - 2011