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lu pour vous numéro 85

Détails

« Lu pour vous » n°85*

Sommaire

  • Actualité - international : la Chine en laboratoire du monde
  • Actualité à l'affiche : vision et stratégie du pôle sport et loisirs de l'empire familial Sodexo.
  • Science futur : ce nouveau géant des mers déplacera des plateformes offshores.
  • Science futur : un nouvel archipel face à l'océan Indien
  • Science & société : la grande salle de « la philharmonie » ouvre ses portes à Paris.
  • Sciences et technique : espionnage
  • Ornithologie - intelligence : des corneilles capables de résoudre des problèmes abstraits
  • Science - découvertes: éruptions solaires, un premier pas vers leur prévision

Actualité - international : la Chine en laboratoire du monde.

Cette année, Pékin investira 311 milliards de dollars dans sa R&D. Après le « Enrichissez-vous » de Deng XIAOPING, place au « Innovez, innovez » de Xi JINPING.

Selon l'OCDE, la Chine devra exploser cette année ses dépenses en recherche et développement à 311 milliards de dollars, soit près de deux fois plus qu'en 2009 et ainsi passant devant l'Union Européenne et ses 292 milliards de dollars dédiés. Du jamais vu.
La Chine ne se contente plus simplement d'imiter, elle se spécialise. Sur certains usages, elle est en avance. C'est le cas du numérique et demain, à coup sûr, des secteurs liés à l'agroalimentaire, à l'énergie, aux nanotechnologies ...

Au cœur de cette poussée tous azimuts sur la recherche : le ministère de la Science et de la Technologie, piloté par l'influent Wan GANG. Cet ingénieur, formé en Allemagne, a récemment validé d'ambitieux programmes sur la recherche fondamentale et appliquée et mis en place un généreux fonds, doté de près d'un milliard de dollars à destination des PME chinoises innovantes.
Pékin s'est même fixé comme objectif d'investir, d'ici à 2020, 2,5% de son PIB dans la R&D contre 2% en 2014)

«Innovez, innovez et innovez», un mot d'ordre lancé dans un pays longtemps porté par un modèle de production « low-cost « et bas de gamme mais qui s'impose comme une puissance exportatrice de produits de haute technologie.
Le régime multiplie des programmes richement dotés, dont le but est d'attirer sur le territoire, non seulement des Chinois expatriés ayant été formés à l'étranger, mais des chercheurs occidentaux renommés afin d'améliorer le niveau global de la recherche.
Chaque année, des milliers de « cerveaux » font le choix d'une Chine qui déroule le tapis rouge, sans compter la masse d'ingénieurs et de scientifiques qui sortent diplômés des universités du pays.

Une armée de blouses blanches qui a déposé en 2013 plus de 500 000 brevets (plus que les Etats-Unis).
Désormais, la Chine s'appuie sur un modèle qui favorise les passerelles entre le monde académique et celui des affaires. Une tendance appuyée au niveau gouvernemental par un programme spécifique, chargé de soutenir l'industrialisation des résultats de la recherche via notamment la gestion de zones de hautes technologies, ces imposants« science parks » qui se multiplient partout dans le pays. Après le Made in China, voici le lnvented in China.

Source : CHALLENGES, n°412, du 4 au 10 décembre 2014, signé Pierre TIESSEN (à Pékin).

 

Actualité à l'affiche : à l'occasion de la présentation de la nouvelle revue du cabaret Lido, la patronne du pôle sports et loisirs (Nathalie BELLON-SZABO) détaille sa vision et sa stratégie pour ce pôle de l'empire familial Sodexo.

Le lido annonce aux médias français et étrangers qu'il va gagner 30% de chiffre d'affaires en trois ans, en investissant 25 millions d'euros dans un nouveau spectacle. Du jamais vu pour ce vénérable établissement des Champs-Elysées tombé dans l'escarcelle du géant de la restauration collective Sodexo en 2006.

La division sports et loisirs a vu son chiffre d'affaires multiplié par quatre en moins de dix ans : 350 millions d'euros cette année.
Outre le lido, ce pôle comprend deux compagnies de bateaux-promenade sur la Seine, plusieurs lieux prestigieux parisiens, les restaurants de la Tour Eiffel, les salons de Roland-Garros, des bateaux restaurants sur la Tamise, à Londres, des zoos et aquariums géants aux Etats-Unis ... mais aussi les activités du pâtissier-traiteur LENOTRE, qui devraient connaître d'importants développement à l'international.

Le pôle sports et loisirs est également associé à Bouygues et à TF1 pour construire et exploiter une salle de concert de 6 000 places sur l'île Seguin à Boulogne Billancourt. Ouverture en 2017.
Réaliste, la présidente du pôle sports et loisirs n'imagine pas transformer Sodexo en un groupe de luxe. Mais, toute aussi pragmatique, elle ne se fait pas prier pour s'inspirer de la stratégie qui réussit bien à louis Vuitton, Hermès ou Dior, et qui consiste à utiliser l'image chic et glamour de Paris associée à des produits exceptionnels.

Source : CHALLENGES, n°412, du 4 au 10 décembre 2014, signé Jean-François AMAUD.

Science futur : ce nouveau géant des mers déplacera des plateformes offshores.

lpv851Imaginez un catamaran géant capable de déplacer à lui seul des plates-formes pétrolières et gazières .... Ce titan des mers existe déjà ! Il est sorti des chantiers navals de Daewoo, en Corée du Sud, en octobre dernier, à destination du port de Rotterdam, aux Pays-Bas. Son nom : le Pieter Schelte.

Ses dimensions record : 382 m de longueur, 117 m de largeur, presque autant que le Maersk-Triple-E considéré, avec ses 400 m sur 59, comme le plus grand navire jamais construit.
Sur son pont arrière, deux grues géantes affichent des capacités de levage inégalées, jusqu'à 48 000 tonnes ! En tout, sa construction aura coûté plus de 1,3 milliard d'euros. Il devrait être opérationnel avant cet été en mer du Nord.

Source : Science et Vie, n°1168, janvier 2015, signé E.T.-A.

 

Science futur : un nouvel archipel face à l'océan Indien.

lpv852Coincés entre les rives de l'océan Indien et l'embouchure du fleuve Ciliwung, trempés par les pluies tropicales .... les 30 millions d'habitants qui vivent dans la baie de Jakarta sont parmi les • plus menacés de la planète par la montée des eaux. Etablie sur un sol instable et traversée par treize rivières, la ville s'enfonce chaque année de 7,5 cm. Et certaines simulations prévoient qu'en 2050, avec le réchauffement climatique, Jakarta pourrait se retrouver jusqu'à 5 cm sous le niveau de la mer.

Une perspective catastrophique à laquelle répond un chantier colossal : une digue géante, longue de 32 km, doit fermer la baie d'ici à 2030. Sa première pile de béton vient d'être coulée. Vu du ciel, l'ouvrage ressemblera au mythique Garuda, l'oiseau qui sert d'emblème à l'Indonésie, et dont les ailes déployées abriteront une immense lagune ainsi qu'une chaîne d'îles artificielles. Un nouvel archipel de 1 000 à 4 000 ha, bâti sur le principe des polders hollandais, offrira une zone tampon au flux marin, et soulagera la ville actuelle de la pression urbaine et de la circulation. Ce qui passera notamment par l'amélioration des infrastructures de transport et de traitement des eaux.

L'objectif final de ce projet, auquel participent le gouvernement des Pays-Bas et un consortium d'entreprises néerlandaises ?
Que Jakarta réussisse, à l'avenir, à absorber le débordement des rivières et la montée de l'océan Indien, sans en pâtir.

Source: SCIENCE et VIE, n°1168, janvier 2015, signé E.T.-A.

Science & société : la grande salle de la « Philharmonie ouvre ses portes à Paris.

lpv853L'acoustique d'une salle demeure un défi scientifique.

Rappel des faits:

Après 8 ans d'études et de travaux et 386 millions d'euros, le chantier de la Philharmonie touche à sa fin. Avec ses 52 m de haut, ce bâtiment dessiné par Jean NOUVEL dotera ainsi la France de sa salle philharmonique de grande envergure, censée rivaliser, voir détrôner, les plus prestigieuses (Philharmonie de Berlin, Musikverein de Vienne, Concertgebouw d' Amsterdam ...)
Le 14 janvier, la plus grande salle symphonique de France (30 500 m3) sera inaugurée. Pourtant, personne ne sait prévoir aujourd'hui comment la salle va résonner ni si les notes émises ne vont pas être trop absorbées par certaines parois. Etonnant, non ?

« La qualité exacte de l'acoustique de cette salle reste une inconnue, reconnaît Laurent BAYLE, le président de la Philharmonie de Paris. Tout a été fait pour qu'il n'y ait pas de mauvaises surprises, mais les premières notes émises lors des tout premiers concerts seront là pour nous donner le verdict. »

Comment un tel chantier, qui aura duré plus de cinq ans, monopolisé les meilleurs outils d'acoustique, et bénéficié de la participation de deux acousticiens de renommée mondiale, le Néozélandais Harold MARCHAL et le japonais Yasuhisa TOYOTA, peut-il laisser une telle part d'incertitude jusqu'au bout?

« L'acoustique n'est pas une science objective, explique Laurent BAYLE. Dans cette salle comme dans tous les précédents chantiers de ce type, on ne peut pas estimer précisément la qualité sonore par avance. » Les raisons en sont multiples.
D'abord, chaque construction est unique. S'il existe bien dans le monde une cinquantaine de salles symphoniques d'envergure équivalente, impossible d'en déduire des concepts acoustiques généraux qui garantiraient un son idéal (lequel n'existe pas).
Surtout trop de paramètres entrent en jeu : depuis la taille de la salle, ses matériaux de construction, l'emplacement du point d'écoute, le volume d'air qui y circule, jusqu'à son hygrométrie ... sans même parler du type de musique joué.

Dans le cas de la Philharmonie, la salle a été conçue avec l'objectif d'un son enveloppant inédit, composé de sons directs et de réflexions latérales. Pour favoriser les premiers, la scène a été positionnée au centre de la salle et chaque siège (y compris ceux des balcons) a été placé de manière à ce que les sons circulent autour, avec une distance extrêmement réduite entre les spectateurs et la scène (32 m d'éloignement maximal, contre 48 m à Pleyel et 40 m à Berlin). Pour renforcer les réflexions latérales, des réflecteurs en bois d'érable ont été, en outre, suspendus au plafond. Or, cette structure n'a jamais été expérimentée ...

Autre particularité : la salle va accueillir une programmation polyvalente (classique, jazz, musique du monde ...) et des orchestres en configuration variable. Ce qui imposera des positionnements de musiciens différents d'un soir à l'autre et même des déplacements de la scène motorisée au fil des concerts. Une structure flexible qui fera immanquablement varier l'acoustique.
Malgré toutes ces incertitudes, la propagation du son a été simulée informatiquement pour déterminer si la géométrie de la salle allait garantir une bonne répartition acoustique globale. Une maquette au 1/10ème a également permis d'envoyer des impulsions sonores et de mesure l'acoustique grâce à deux types de micros (binauraux et monauraux) répartis en divers endroits.

« Ces travaux préparatoires nous ont grandement aidés à affiner la construction. Nous avons redimensionné les réflecteurs de son au plafond et supprimé les échos, explique Geoffroy VAUTHIER, responsable technique du projet. Mais ces outils n'ont pas permis de tout anticiper...

Par exemple, l'impact des trous d'accroche dans le plafond en plâtre haute densité : ils risquent d'absorber les sons. Les variations de la température et de l'humidité joueront également sur l'acoustique, et ces paramètres n'ont pas pu être modélisés. Une simulation ou une maquette figée ne pourra jamais égaler une salle vivante. »

Puisque les notes virtuelles n'ont pas permis de tout anticiper, il faudra attendre mi-janvier pour savoir si le son de la salle sera bien à la hauteur.

Source : SCIENCE et VIE, n°1168, janvier 2015, signé Muriel VALIN

Sciences et techniques : espionnage.

Attention, les objets nous écoutent.

En vibrant dans l'air, le son fait imperceptiblement réagir les objets environnants. Or des algorithmes sont désormais capables de traduire ces infimes réactions. Jusqu'à restituer mot pour mot ce qui s'est dit dans une pièce. Une aubaine pour espions.
Une plante verte posée dans un coin. Des gens qui discutent. Personne ne fait attention à elle.

Pourtant, elle écoute tout ce qui se dit dans la pièce. Et plus tard, elle rapportera ce qu'elle a entendu !
Même chose pour un paquet de chips, un mouchoir, un sachet de thé... Pour être anodins, ces objets ne perdent pas une miette de ce qui se dit autour d'eux. Et ne se priveront pas de vendre la mèche.

Imaginons à présent que vous tapiez un e-mail sur votre ordinateur. Votre connexion est sécurisée, vos messages cryptés, vous penser être à l'abri des indiscrétions. Sauf que, pour qui sait écouter, le cliquetis du clavier trahit tout ce que vous avez écrit ! Et même le doux ronronnement de votre ordinateur peut révéler vos précieuses clés de cryptage.

Science-fiction dans la plus pure veine paranoïaque ? Nullement !

Dans des laboratoires américains, israéliens et allemands, ont réussi à rendre bavards des objets qu'aucun espion n'aurait songé à écouter.

Comment ? Ici, pas de virus informatique n i de capteurs spéciaux. Mais des caméras et des micros, parfois ceux de simples smartphones, qui filment les plus infimes mouvements d'une plante, écoutent la plus petite variation sonore des touches d'un clavier.
Et surtout des algorithmes, issus des derniers développements en analyse statistique et en traitement du signal, qui, d'un enregistrement audio ou vidéo, sont capables d'extraire une conversation ou un e-mail.

Cette technique d'espionnage, qui lit littéralement sur les lèvres des objets, est baptisée « attaque par canal caché ». Ses premiers succès (lire ci-dessous) devraient être rapidement répliqués et améliorés. A la clé : transformer des objets du quotidien en mouchards, du moment qu'ils captent ou émettent des fréquences sonores ». De plus en plus de scientifiques travaillent sur ce sujet, parce que la sécurité des données devient un enjeu crucial et que cette approche est très complexe à surveiller et à anticiper », explique Claude CASTELLUCIA, à l'Institut national de recherche en informatique et en automatique.

« Nous montrons comment des informations peuvent fuiter par des objets dont on ne se méfie pas ... pour l'instant renchérit Eran TROMER, à l'université de Tel-Aviv, à l'origine de la technique pour extraire les clés de cryptage du ronronnement des ordinateurs.

Premiers visés : micros, caméras et accéléromètres des smartphones et objets connectés. « En étudiant ces failles, on va pouvoir suggérer aux développeurs de modifier leurs produits pour éviter qu'ils soient détournés», explique le chercheur. En attendant, c'est avec circonspection que chacun peut commencer à regarder les objets qui l'entourent. La preuve par trois.

Plantes et emballages rapportent nos paroles.

Imaginez une pièce dans laquelle deux personnes s'entretiennent secrètement. Aucun micro ne traîne, impossible de lire sur les lèvres. Et pourtant, la conversation va être enregistrée grâce à de banals objets (la feuille d'une plante verte, un paquet de chips, un mouchoir ...) présents dans la pièce. Incroyable. Cet exploit a été réalisé en août dernier par une collaboration du MIT, de Microsoft et d'Adobe. Leur secret ? Un principe de base de l'acoustique : quand un son se propage dans une pièce, l'onde acoustique fait vibrer de manière infime toutes les surfaces qu'elle croise. Partant de là, les chercheurs ont montré qu'en filmant avec une caméra haute vitesse (jusqu'à 6 000 images/seconde) des objets présents dans la pièce sur lesquels un son retentit, ils pouvaient reconstruire chaque son à l'origine des infimes mouvements de ces objets.

« Le plus difficile a été de travailler sur des variations de l'ordre du millième de pixel, et de mettre au point des algorithmes permettant de revenir aux sons initiaux. L'objet idéal pour notre programme est léger, avec d'assez grandes surfaces, comme un paquet de chips », commente Frédo DURAND, au MIT. L'équipe a déjà réussi à reconstruire à 100%, et en seulement deux à trois heures, une comptine et une courte conversation en filmant différents objets avec une caméra placée à 4 mètres. Seule parade pour l'heure : baisser la voix. Tout son murmuré échappe encore à cette technique, qui nécessite des signaux sonores suffisamment forts pour faire vibrer les objets de manière perceptible par la caméra.

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Le bruit du clavier révèle ce que l'on écrit.

Connaître à la lettre près le texte frappé sur l'ordinateur, en posant un smartphone non loin et en analysant le bruit ou les vibrations produites par le clavier, est désormais possible. C'est ce qu'a prouvé l'équipe de Patrick TRAINER, au Georgia Tech, à Atlanta. En clair, on peut utiliser le micro ou l'accéléromètre d'un smartphone pour enregistrer et reconstituer un message saisi sur un clavier à proximité. La méthode est aussi simple qu'originale. Quand deux touches sont enfoncées successivement, deux bruits, ou deux vibrations mécaniques, sont émis en deux endroits distincts du clavier : plutôt à droite ou à gauche, plutôt proches ou éloignés l'un de l'autre ...

Autant de combinaisons qu'un logiciel traite en comparant les successions de frappes avec une banque de séquences correspondant chacune à un mot préenregistré. Par analogie, les mots tapés sont alors reconstruits, comme dans les logiciels de reconnaissance faciale. Ainsi, le mt « papi » sur un clavier azerty, peut être repéré par une combinaison « droite, gauche, loin », puis« droite, droite, près ». De proche en proche, les chercheurs reconstruisent ainsi des phrases entières avec un taux de reconnaissance de 80%. « La probabilité qu'une telle attaque vous arrive est faible parce qu'elle est très difficile à mettre en œuvre. Mais si quelqu'un est très motivé, il pourra y parvenir», assure Patrick TRAINOR.

Le ronron d'un PC dévoile ses clés de cryptage.

Un ordinateur ronronne. Quoi de plus banal. Certains de ses composants électroniques (condensateur, bobine ...) vibrent au fil des variations de la tension électrique à leurs bornes. Des variations qui permettent de fournir une tension électrique constante au processeur, indispensable à la bonne conduite des calculs. Y compris les opérations de cryptage des données, qui assurent, théoriquement, le secret des informations stockées dans la machine.

Sauf que ... ce bruit anodin des circuits, des algorithmes de traitement du signal ultra-élaborés peuvent aujourd'hui l'utiliser pour extraire les fameuses clés de cryptage. « Cette idée m'est venue il y a dix ans, raconte Eran TROMER, à l'université de Tel Aviv. Une nuit, alors que je travaillais, je me suis rendu compte que mon ordinateur émettait différents bruits quand il exécute une tâche. »

Avec son équipe, il étudie alors en détail ce signal sonore ... et découvre qu'il varie finement en fonction des clés de chiffrement (dites RSA) largement utilisées par les ordinateurs quand ils cryptent les données (e-mail, transactions en ligne ...). Mieux, les chercheurs parviennent, à partir du ronronnement enregistré, à reconstruire entièrement des clés secrètes, même lorsqu'elles sont très longues (jusqu'à 4 096 bits). « Pour y parvenir, on a envoyé un message crypté à un ordinateur. Celui-ci a utilisé sa clé pour le déchiffrer et avec un micro professionnel, placé à 10 m de lui, on a pu extraire 100% de cette fameuse clé bit par bit, en seulement une heure. Même un micro rudimentaire de smartphone classique posé à 30 cm permet de réaliser cette prouesse », explique le chercheur.

Source : Science et Vie n°1168, janvier 2015, signé Muriel VALIN

Ornithologie- intelligence : des corneilles capables de résoudre des problèmes abstraits.

Les corneilles accomplissent des performances d'intelligence attribuées seulement aux êtres humains et aux singes. Ils rangent des cartes à jouer suivant des catégories abstraites; pour les solutions, les hommes ont besoin d'être bien concentrés.

Hambourg : les corneilles peuvent reconnaitre des relations abstraites, spontanément, sans entraînement préalable. Des chercheurs russes et américains ont soumis deux corneilles à différents tests, les résultats sont publiés dans la revue « Current Biology ».
Les tests pour les deux corneilles commencent d'abord avec un problème simple : des trois cartes présentées, les deux oiseaux devaient choisir les deux dont la forme, la couleur et le nombre de symboles étaient identiques. Si leur choix était exact, il y avait à manger en récompense. La plupart, leur choix était correct. Les scientifiques parlent d'une « « réalisation magistrale ».

Dans la deuxième phase des essais, cela devenait plus difficile : les cartes ne présentaient plus de symboles identiques. Les figures sur deux des trois cartes n'avaient qu'une relation abstraite. Même les hommes doivent se concentrer pour reconnaitre le classement.
Un exemple : à une carte avec deux grands carrés identiques faisait partie une autre avec deux grands cercles identiques mais pas une troisième avec des cercles de grandeurs différentes.

Dans cette phase, les corneilles recevaient à manger sans égard à leur choix. Pourtant, dans la plupart des cas, le choix a été correct, au premier passage, en moyenne, à 78% de leur choix.

C'est une performance phénoménale a reporté Ed WASSERMAN de l'université of Iowa dans une communication.
Avec de l'entraînement, le coefficient de réussite serait impressionnant, mais comme réaction spontanée, c'est déjà un coup de maître.
Néanmoins, le premier test des deux corneilles a rendu possible la compréhension du concept de l'égalité, ajoute le psychologue.
Et le psychologue de l'université d'Aix-Marseille, Joël FAGOT pense que« les indices s'accumulent : les animaux seraient capables de réaliser beaucoup plus que ce qui est connu à ce jour».

Source : DER SPIEGEL on line du 22 décembre 2014, signé DP.

Science découverte : éruptions solaires, un premier pas vers leur prévision.

lpv856Observée en direct, une éruption solaire a livré la clé de son mécanisme. Crucial pour anticiper leurs effets magnétiques sur terre.
Un enroulement de lignes de champ magnétique se déploie à la surface du Soleil. D'abord, discret, il s'élève progressivement jusqu'à atteindre la hauteur faramineuse de 100 000 kilomètres, 10 Terre mises bout à bout ! Puis cette corde vrillée se disloque brutalement. Dans un éclair de lumière, elle cède et laisse s'échapper une gigantesque bulle de plasma qui s'élance dans l'espace.

Simple. Efficace. Voilà comment le Soleil, lorsqu'il dégaze ses trop-pleins d'énergie, nous bombarde de milliards de tonnes de matière.
Et pour la première fois, une équipe d'astronomes a pu détailler le phénomène heure par heure. De quoi confronter enfin les modèles sur lesquels ils travaillent depuis vingt ans à la réalité de ces monstrueuses colères.

Il faut dire que la naissance des éruptions solaires est l'un des problèmes les plus ardus de l'astrophysique. La clé est le champ magnétique qui règne au-dessus de la surface de l'étoile. Dans cette atmosphère chauffée à un million degrés. Lui seul recèle assez d'énergie.
Seulement, ce champ est particulièrement pénible à modéliser. Les quelques équipes, une dizaine dans le monde, qui sont capables de dompter ces équations sont tout de même tout de même parvenus à dégager de ce fatras de boucles magnétiques et de filaments de plasma deux mécanismes physiques concurrents : corde ou arcade.

Le premier se base sur la naissance brutale d'un enroulement de lignes de champ magnétique au-dessus de la surface du Soleil, qui finit par se rompre, propulsant une bouffée de plasma dans l'espace.

Le second mise sur la lente déformation des lignes de champ présentent en permanence dans l'atmosphère solaire par des flux magnétiques opposés: à force d'être cisaillées, ces arcades finiraient par libérer le plasma.

lpv857Tahar AMERI, astrophysicien à l'Ecole Polytechnique et son équipe ont repéré il y a quelques mois un cas idéal pour cela : une éruption qui a eu lieu dans la nuit du 12 au 13 décembre 2006 et qui a été scruté par trois télescopes, le japonais Hinode, l'européen SOHO et l'Observatoire de Meudon.

Des données dont la robustesse a été vérifiée en 2011 et qui permettent aujourd'hui de détailler le phénomène du début à la fin, et qui peuvent être injectées dans les modèles afin de comparer le film de leur simulation avec celui enregistré.
Quatre jours avant l'éruption, ils ne voient rien sur leur écran, à peine quelques soubresauts magnétiques.

A J-2, l'énergie du champ augmente. Puis, à partir de J-1, une corde magnétique émerge et grandit jusqu'à atteindre une énergie telle qu'une infime instabilité suffit à déclencher sa dislocation. L'éruption s'enclenche quatre heures plus tard. « Une corde magistrale, insiste Tahar AMARI. Elle est presque aussi nette que dans les modèles ! ».

Le modèle de la corde sort donc vainqueur du test.

Mais, il faudra reproduire l'exploit sur d'autres éruptions. Car rien ne dit qu'elles sont toutes mues par la même machinerie.
« C'est une très forte confirmation de l'un des modèles, mais cela n'infirme pas l'autre, prévient ainsi Tahar AMARI. Dans d'autres conditions, ce pourrait être les arcades qui déclenchent l'éruption ».

Le chercheur est déjà en train de rassembler les données pour réaliser d'autres tests. Prochaine étape, produire des statistiques sur un grand nombre d'éruptions.

Source : Science et Vie n°1168, janvier 2015, par Mathilde FONTEZ.

 

*Les articles qui figurent dans cette rubrique sont transmis à titre d'information scientifique et / ou Technique. Ils ne sont en aucun cas l'expression d'une prise de position de l'UDISS ou d'un jugement de valeur

   
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