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lu pour vous numéro 80

Détails

« Lu pour vous » n°80*

Sommaire

Climat : bilan du réchauffement global
Chine : l'amour pour le vin rouge français
Energie solaire : Sun Power redevient le rayon de soleil de Total
Science-futur : un robot innove en travaillant aux champs
Science-découvertes / Physique. Expérience ultime, ils vont créer de la matière,
Actualités-chimie : un carburant« vert« à base de dioxyde de carbone dans nos moteurs ?
High-Tech- matériaux : les vitres, prochain eldorado de l'énergie solaire
Chimie : les nouvelles stars de la chimie verte. Et si les plantes remplaçaient le pétrole ... grâce aux champignons

Climat : bilan du réchauffement global

Comment peut-on limiter l'échauffement global à deux degrés ? Un nouveau bilan du C02 montre que l'humanité peut et doit utiliser le charbon, le pétrole et le gaz pendant encore 30 ans. Les réserves encore existantes après cette période, doivent rester inexploitées.
Les gaz de serre des usines, des centrales électriques et des voitures menacent de réchauffer le climat d'une façon considérable. Des scientifiques mettent en garde sur des conséquences possibles comme la montée des océans, la fonte des glaciers, des pluies extrêmes ou des vagues de chaleur. Le mardi 21 septembre, les Nations Unis à New-York débattent sur une traité mondial du climat. A l'occasion de la conférence à l'ONU, un tableau synoptique montre les limites à l'émission du dioxyde de carbone(C02).
L'énergie fossile devra être utilisée pendant encore une génération, prévient un groupement de recherche dans son bilan global du C02 (« Global Carbon Budget).

Depuis le début de l'industrialisation, l'humanité a expulsé dans l'atmosphère quelques 2000 milliards de tonnes de C02. Si l'expulsion reste à son niveau actuel, il dépassera dans environ 30 ans la valeur critique de 3200 milliards de tonnes de gaz de serre depuis le début de l'ère industrielle. Si cette limite ne sera pas dépassée, il y a une bonne chance de limiter le réchauffement global à 2°c.

On demande donc à l'humanité de la tempérance. Dans cette période des 30 années prochaines il serait nécessaire de diminuer l'expulsion de C02 au moins de 5% par an (suivant les prévisions (calculs) des chercheurs de l'université d'Exeter). Cette tendance devrait être favorable. En 2014, les émissions de gaz de serre ont augmenté de 2,5%( suivant le bilan des scientifiques, publié dans plusieurs revues).
La quantité de CO2 dans l'air va de record en record. L'année dernière, l'humanité a émis 36 milliards de tonnes; il faut rajouter 3 milliards de tonnes dues aux feux de forêts.

Le plus gros émetteur est la Chine; en 2013, elle a émise 10 milliards de tonnes, deux fois plus que le numéro 2, les Etats-Unis. Les 28 pays de l'Union européenne sont à 3,5 milliards de tonnes.

La part d'émission des pays les plus polluants en 2013 :
1. Chine : 29%
2. USA : 15%
3. EU : 10%
4. Inde : 7,5%
s. Russie : 5,3%
6. Japon : 3,7%
7. Allemagne : 2,2%
8. Corée du Sud : 1,9%
9. Iran : 1,8%
10. Arabie Saoudite : 1,5%

Source/ Der Spiegel on line du 21 septembre 2014, signé Axel BOJANOWSKI

 

Chine : l'amour pour le vin rouge français.

lpv801Jusqu'à dans les années 1990, le vin a été pratiquement inconnu en Chine. La préférence des citoyens était le« baijiu, alcool à base de céréales. Concernées par le taux d'alcoolisme et le nombre de décès dus à la consommation régulière du baijiu,- à partir des années 1990, les autorités chinoises ont promu à le vin comme une alternative salutaire.

Un homme d'affaires de Hongkong, Ko Tai KEUNG, a commencé de vendre des vins européens sur le continent, à 90% de vins rouges.
Avec l'admission de la Chine dans I'OMC (organisation mondiale du commerce) en 1991 et la baisse du prix des produits importés, la demande de vin, surtout de vin rouge français, a augmenté considérablement (dû également à la relation dans la culture chinoise entre la couleur rouge et la bonne chance).

Entre 2007 et 2013, les ventes de vin rouge ont augmentés de 136%. L'année dernière, 1,87 milliards de bouteilles ont été vendues en Chine, dépassant la France comme le plus grand consommateur de vin rouge au monde. 80% du vin consommé est produit en Chine, mais c'est du« pinard », de mauvaise qualité. 20% du vin rouge de Bordeaux est exporté en Chine.

Les écoles de vin françaises sont pleines d'étudiants chinois. Seule à Bordeaux, il y a environ 3 000 étudiants. Soixante étudient à l'Institut bordelais du vin suivant un programme de management de I'INSEEC. Deux tiers des étudiants retournent en Chine après avoir obtenu leurs diplômes, mais un tiers reste en France, travaillent dans des vignobles ou à la promotion des intérêts chinois.

Les investisseurs chinois ont acheté quelques prestigieux châteaux de vin rouge bordelais, le premier en 2008 ; à ce jour, ils en possèdent 70 dans la région et même un en Bourgogne.

Source : TIME magazine, vol. 184, N°13 du 6 octobre 2014, par Lisa AABEND

Energie solaire : Sun Power redevient le rayon de soleil de Total.

Le fabricant californien de panneaux solaires, filiale du pétrolier, a survécu à la crise du secteur grâce à son avance technologique. Et annonce un avenir radieux ou il pourra se passer des subventions. La recherche de la qualité et la course à la productivité sont l'obsession de Sun Power. « Le rendement de leurs cellules est de 24,3%, quand les meilleurs chinois atteignent 15,6% «, indique Denis GIORNO, président des activités énergies nouvelles de Total aux Etats-Unis.

Revers de la médaille, les panneaux du californien coûtent environ 20% plus cher que ceux des concurrents. Mais leur avantage technologique a permis à l'entreprise de ne pas sombrer lors de la crise du secteur il y a deux ans. Aujourd'hui, Sun Power est le numéro deux américain du solaire derrière First Solar avec un chiffre d'affaires de 2,5 milliards de dollars. »D'ici la fin de la décennie, nous espérons être deux fois plus gros », déclare le PDG Tom WERNER.

Crée en 1985 par Richard SWANSON, ex-professeur d'ingénierie électrique à Stanford, Sun Power se différencie par son souci du design. Swanson réalise ses premiers développements en plaçant les connexions de fils métalliques en dessous des cellules photovoltaïques. Idée géniale, les cellules ont ainsi plus d'espace, gagnent en efficacité et en puissance.

Quand l'industrie décolle, la décennie suivante, la start-up fait valoir sa différence et entre au Nasdaq. Son parcours boursier tape dans l'œil de Total, qui cherche à se diversifier dans les énergies décarbonées. Après avoir passé au crible quelque 200 entreprises, le pétrolier prend 66% de Sun Power en 2011 et met 1 milliard d'euros sur la table.

Aujourd'hui le carnet de commande est complet. Que ce soit pour les panneaux sur les toits destinés aux clients résidentiels et commerciaux ou pour les fermes solaires. La filiale de Total va créer une ferme" solaire en Chine avec des panneaux dernier cri dotés de miroirs paraboliques.

Le solaire n'est plus déterminé par le seul facteur prix, mais aussi par la technologie. « On a dix ans d'avance sur la concurrence », annonce Tom WERNER. Sa survie, Sun Powerela doit, à son modèle intégré (fabrication de cellules et de modules, développement de projet clés en main) qui lui a permis, même pendant les années de vaches maigres, de ne jamais cesser d'engranger des commandes. Firme au départ nord-américaine, Solar Power s'implante dans de nouvelles régions (Moyen-Orient, Afrique, Amérique du Sud).

Au Chili, l'entreprise construit une centrale photovoltaïque marchande, c'est-à-dire sans subventions. Une première mondiale, ou l'électricité sera vendue directement sur le marché spot. « Le solaire, contrairement aux autres énergies, améliore constamment sa compétitivité », indique Denis GIORNO. « En 1977, une cellule coûtait 77 dollars le watt. Aujourd'hui c'est 0,74 ! »

Sun Power estime que le photovoltaïque peut fonctionner sans aide gouvernementale dans dix-sept pays (Australie, Argentine, Mexique, Thaïlande, Chine, Italie, Grèce, Turquie, Israël ...) et bientôt dans trente. Mais pas en France ou le solaire est plombé par des délais d'installation trop longs et les tarifs trop bon marché de l'électricité nucléaire.

Tom WERNER n'en reste pas moins optimiste. « Dans cinq ans, on se passera de subventions », dit-il. « Les panneaux de Sun Power malgré leur prix élevés, conviennent aux pays où il y a peu d'espace et ou le prix de l'immobilier flambe tels que le Japon, analyse un expert du secteur. En revanche, ils ne sont pas adaptés aux pays ou le terrain ne coûte quasiment rien, comme la Chine ou l'Inde.

Philippe BOISSEAU n'est pas de cet avis. « Ce qui compte, ce n'est pas le coût d'une installation, c'est le prix de revient de l'électricité. L'offre de Sun Power est compétitive, car le surcoût des panneaux est compensé par leur plus grande efficacité, leur meilleure résistance (ils conservent leur performance originelle plus longtemps) et des frais de déploiement plus faibles.

La filiale californienne de Total se présente comme un fournisseur global d'énergie .Un positionnement motivé par l'arrivée des réseaux intelligents qui aident à mieux maîtriser sa consommation et par les futures solutions de stockage qui permettront de consommer l'électricité solaire à tout moment, même la nuit tombée.

Face à la concurrence, Sun Power mise toujours sur la technologie et la productivité. A l'automne dernier, la société a acquis Greenbotics, une start-up dont le produit vedette est un robot qui nettoie les panneaux solaires. « Avant une vingtaine de salariés étaient nécessaires pour faire le job, dit Josh SUTTLES, responsable de la ferme solaire McHenry (25 mégawatts) au sud de San Francisco. Maintenant, il n'y a que quatre personnes qui supervisent six robots. »

La filiale de Total, qui emploie 6 000 personnes dans le monde, détient aujourd'hui 3% du marché solaire. Une position qu'elle entend conserver, alors que le secteur, dopé par les politiques de transition énergétique, croît chaque année de près de 20%.

La capacité mondiale du solaire devrait plus que décupler à l'avenir, passant de 112 gigawatts en 2013 à ... 1800gigawatts en 2030, selon Bloomberg New Energy Finance. Le solaire représenterait alors 18% des installations électriques ( 2% en 2012).

Le PDG, Tom WERNER, veut que les produits Sun Power deviennent « l'IBM du solaire» la solution incontournable du client. Le californien est toujours une goutte d'eau au sein de la galaxie Total. Pour sa maison mère, il reste à devenir une « success story ».

Source : CHALLENGES, N° 402, 25 septembre 2014, signé Nicolas STIEL (envoyé spécial en Californie.

Science- futur : un robot innove en travaillant aux champs.

lpv802Cowra (Australie).

Dans un an, les agriculteurs pourront compter sur un nouvel ouvrier agricole, le robot autonome Ladybird («coccinelle»). Grâce à des lasers et des caméras, ce dôme ambulant cartographie en 2D, rangée par rangée, le champ et ce qui s'y trouve, avec une résolution de l'ordre du centimètre. Il peut ainsi suivre la croissance des plantes, établir leurs besoins en engrais et en eau, détecter les mauvaises herbes et, bientôt, les parasites.

Les chercheurs de l'université de Sydney prévoient aussi d'équiper Ladybird d'un bras robotisé pour récolter les légumes à maturité et éliminer les adventices.

Source: SCIENCE et VIE n°1164, septembre 2014, signé O.

Science-découvertes : physique. Expérience ultime : ils vont créer de la matière.

Repère : la théorie quantique décrit des interactions possibles entre matière et lumière. Toutes ont été reproduites en laboratoire ... sauf une : la transformation de lumière en particules de matière.

E=mc2, la fameuse équation d'Einstein le dit : toute énergie lumineuse est aussi matière. Mais observer la transformation de l'une en l'autre tenait jusqu'ici les physiciens en échec ... Or, voici qu'une expérience pourrait changer la donne !

Un rêve de science-fiction. Transformer la lumière en matière. Un pouvoir qui échappe encore aux physiciens. Mais plus pour longtemps. Car enfin, une équipe de spécialistes en physique nucléaire a mis au point un protocole expérimental capable de réaliser la transmutation ultime.
Sur le papier, il est désormais possible de métamorphoser un rayon lumineux en matière. Comment? En faisant se heurter deux particules de lumière, des photons, dans le vide- soit une création de matière à partir d'énergie pure.

La collision de photons avec création de matière. De toutes les interactions élémentaires, elle seule demeure inobservée directement en laboratoire.

lpv803L'équation d'Einstein résume en effet tout le problème: elle dit que tout objet de masse « m » est aussi un corps de pure énergie « E », donc de lumière ... justifiant naturellement la transmutation de l'un dans l'autre. Mais elle dit aussi que la masse de matière créée à partir d'énergie pure sera égale à l'énergie » E » divisé par »c2 », soit la vitesse de la lumière dans le vide au carré (90x10 puissance 15m2 /s2). Or, « c2 » est énorme. Il faut beaucoup d'énergie pour former ne serait-ce qu'un grain de matière. Il devient un obstacle insurmontable pour qui veut, à l'inverse, donner corps à de l'énergie pure.

Insurmontable ?

C'était sans compter un petit objet répondant au nom gothique de « hohlraum », « zone creuse » en allemand, utilisé en physique nucléaire pour concentrer l'énergie et provoquer des réactions de fusion. Un simple cylindre en or percé d'un trou de quelques millimètres, ici 5mm, par où l'on peut faire transiter des particules ou des grains de lumière.

C'est là toute l'astuce d'Olivier PIKE et son équipe: détourner cet appareil de son rôle habituel pour en faire une sorte de four sous vide dans lequel des particules de lumière seraient forcées de se rencontrer jusqu'à s'assembler en matière.

Les chercheurs ne se sont pas contentés de décrire un dispositif expérimental : ils ont déjà réalisé l'expérience .... virtuellement. Pour cela, ils l'ont d'abord découpée en trois processus simples, création de photons gamma, création des photons thermiques dans un hohlraum ; création de particules par collision, bien connus et bien maîtrisés.

Ils ont alors pu modéliser ces trois étapes sur le papier, puis les simuler via des programmes informatiques.

Le rêve est presque devenu réalité. Mais, les physiciens attendent de voir pour croire à l'ultime transmutation quantique. Olivier PIKE et son équipe sont déjà en train de chercher à mobiliser un laboratoire disposant de l'équipement nécessaire. Il existe trois lasers dans le monde dotés de la puissance suffisante pour cette expérience : le National Ignition Facility aux Etats-Unis, le Laser Mégajoule en France et Orion au Royaume-Uni.

Source : SCIENCE et VIE N°1164, septembre 2014, signé Roman IKONIKOFF

Actualités- chimie : un carburant« vert» à base de dioxyde de carbone dans nos moteurs ?

Pourrait-on fabriquer du carburant« écologique » en utilisant comme matière première le dioxyde de carbone (C02) rejeté par diverses industries ?

Une piste consiste à la convertir en méthanol, utilisable par exemple dans des moteurs à combustion. Mais si le rendement de la première étape de cette conversion est correct, celui de la seconde étape était jusqu'à présent dérisoire. Un frein que le chimiste Thibault CANTAT et son équipe du CEA ont desserré : en utilisant un nouveau catalyseur pour favoriser cette réaction, ils ont considérablement augmenté son rendement.

La fabrication de méthanol à partir du C02 consiste d'abord à transformer celui-ci en acide formique, puis à transformer cet acide formique en méthanol. Ce n'est qu'en 2013 qu'une équipe américaine a trouvé un catalyseur, à base d'iridium, permettant de réaliser cette seconde étape. Avec un résultat cependant décevant: le taux de conversion de l'acide formique en méthanol est très faible, 1,9% seulement, et le coût est élevé, l'iridium étant rare et cher.

Thibault CANTAT et ses collaborateurs ont alors entrepris de tester un catalyseur à base de ruthénium, métal qui réduit souvent efficacement les molécules organiques et coûte dix fois moins cher que l'iridium. Dans un récipient scellé, ils ont chauffé une solution d'acide formique à 150°C avec ce nouveau catalyseur. Avec un résultat spectaculaire : le taux de conversion a atteint 50%.
L'objectif de Thibault CANTAT est désormais d'»évaluer le rendement de la réaction complète », préalable indispensable à un éventuel développement industriel.

Source : LA RECHERCHE, N°492, octobre 2014, signé Vincent GLAVIEUX

High-Tech- matériaux : les vitres ? Prochain eldorado de l'énergie solaire.

lpv804Des technologies plus abouties permettent de concevoir des panneaux solaires parfaitement transparents.
Les fenêtres d'un immeuble, l'écran d'un smartphone, le verre d'une montre, autant de surfaces qui pourraient servir à produire de l'électricité. L'équipe de Richard LUNT, de l'université d'Etat du Michigan (Etats-Unis), vient en effet de présenter des panneaux solaires transparents. Placés sur une surface, ils captent l'énergie du Soleil pour la convertir en courant. Il existe déjà des panneaux solaires qui laissent passer la lumière, mais ils sont colorés.

Le procédé de Richard LUNT repose, lui, sur un film à base de molécules qui absorbent le rayonnement ultraviolet et proche infrarouge, parties non visibles du spectre solaire. Ces molécules réémettent ensuite un rayonnement infrarouge vers les bords de la vitre ou sont placées des cellules solaires. » Comme ces matériaux n'absorbent et n'émettent pas dans le spectre visible, ils paraissent parfaitement transparents », précise Richard LUNT. Ce qui permettrait par exemple de les utiliser sur un écran de smartphone pour alimenter l'appareil.

Pour le moment, seulement 1% de l'énergie solaire captée est converti en électricité (contre 15% à 20% pour les panneaux classiques). Mais les chercheurs misent sur un rendement de5% d'ici à quelques années. C'est peu. Pourtant ces travaux intéressent un pionnier français du domaine, Sunpartner Technologies. « Nous développons et commercialisons des vitres comportant des bandes photovoltaïques très fines. Elles sont recouvertes d'un système complexe de lentilles qui dévie le regard dans les parties transparentes, entre les bandes», explique Jean-Luc LEDYS, son directeur technologie et innovation. Ces vitres atteignent un niveau de transparence pouvant varier de 60 à 90% selon les applications désirées.

Bien sûr, plus une vitre est opaque, plus elle produit d'énergie car elle dispose de plus de bandes photovoltaïques. La puissance varie donc en fonction de la quantité de ces bandes et de leur nature. « Potentiellement, nous pouvons utiliser toutes sortes de matériaux photovoltaïques dont les rendements varient entre 6 et 30% », précise Jean-Luc LEDYS.

Et si l'on combinait ces travaux à ceux de l'équipe de Richard LUNT ?

« Leurs molécules exploitent une partie du spectre solaire qui nous échappe. Combinées à notre technologie, elles pourraient apporter un supplément d'énergie intéressant», confirme Jean-Luc LEDYS. Dans le domaine de l'énergie solaire, les petits suppléments font les grands rendements.

Source; SCIENCES et AVENIR, N° 812, octobre 2014, signé Olivier Hertel.

Chimie : les nouvelles stars de la chimie verte. Et si les plantes remplaçaient le pétrole ..... grâce aux champignons ?

lpv805Car ceux-ci possèdent une incroyable capacité à extraire des végétaux les molécules qui seront à la base des carburants et plastiques de demain. Reportage à Marseille, ou sont étudiées les souches les plus prometteuses.

Au cœur du campus de Luminy, le laboratoire de recherche Biodiversité et biotechnologie fongique (université d'Aix-Marseille) abrite un trésor méconnu : une collection de plus de 1 600 champignons capables de dégrader le bois ou la tige des plantes. Grâce à leurs puissantes enzymes, ils savent détricoter cette matière végétale rigide et libérer les sucres qui y sont emprisonnés. Une aubaine pour les scientifiques qui travaillent à transformer ces sucres en biocarburants, en bioplastiques ou en composés à destination de l'industrie chimique.

A l'ère du pétrole le développement des procédés biotechnologiques était resté marginal. Mais avec la diminution des ressources fossiles et la montée des préoccupations environnementales, les chimistes commencent à s'y intéresser sérieusement. « Aujourd'hui, grâce aux champignons, on pourrait enfin valoriser les segments de la plante qui ne servent pas à l'alimentation, comme les feuilles ou les tiges. », reprend Laurence LESAGE-MEESEN. Les résidus agricoles deviendraient alors une matière première disponible et peu coûteuse pour l'industrie chimique.

Pour découvrir cette précieuse collection, il faut pousser la porte d'un laboratoire, tout de même protégé par un code de sécurité. C'est là, dans de simples réfrigérateurs, que sont alignés les centaines de tubes à essais contenant le mycélium (la partie végétative) de champignons glanés sur les cinq continents. » Un double est aussi conservé à -190° (dans l'azote liquide) », confie la gardienne du temple, Anne PAVEL, chargée de la gestion de cet impressionnant catalogue.

Riche en 500 souches en 2005, il en compte aujourd'hui trois fois plus. En grande partie grâce aux efforts de cette enseignante-chercheuse en pharmacie, qui n'hésite pas à parcourir des milliers de kilomètres pour les dénicher. » Nous réalisons trois ou quatre récoltes par an, dont une en Outre-Mer : la richesse de ses biotopes confère à la France une position unique au monde en termes de biodiversité, relate-t-elle. L'idéal, ce sont les zones préservées de l'activité humaine, comme les forêts primaires. Mais il nous arrive aussi de faire de fructueuses récoltes sur le bas-côté de la route ! »

lpv806L'équipe recueille chaque année plus de 200 nouvelles souches de champignons. Pour les conserver, les spécimens sont mis en culture sur place dans des boîtes de Pétri. Seuls 20% d'entre eux survivrons à cette opération et seront ensuite identifiés en laboratoire, ce qui leur permet d'intégrer la collection. « Notre rôle est d'archiver un patrimoine génétique, mais aussi de mettre à disposition des souches de bonne qualité pour la recherche privée ou publique », explique Anne FAVEL.

« Ici, nous collectionnons surtout les polypores », lance la pharmacienne en exhibant un beau spécimen de Pycnoporus sanguin eus rouge vif récolté en Guyane. Ces champignons en forme de plateau que l'on croise parfois en forêt, accrochés au pied des arbres, sont les principaux acteurs de la décomposition du bois mort. » Ils sont capables d'en dégrader les composants les plus tenaces comme la lignocellulose, une matière qui assure la rigidité de la plante, tout en la protégeant des agressions extérieures », poursuit la pharmacienne.

Constituée de sucres (la cellulose et l'hémicellulose) mais aussi de lignine, une substance organique très résistante, la lignocellulose forme un réseau de longues chaînes moléculaires enchevêtrées. Cet assemblage complexe, les champignons filamenteux ont appris à les démêler pour en extraire les sucres, qu'ils digèrent ensuite en les découpant en petites molécules assimilables à travers les parois de leur mycélium. Des compétences qu'ils doivent à leurs enzymes, ces protéines qui facilitent les réactions chimiques à l'intérieur d'un organisme.

Des ouvrières ultraspécialisées, peaufinées par la nature durant 400 millions d'années d'évolution, qui intéressent au plus haut point les chercheurs. « Dans un seul champignon, on en compte plusieurs centaines, estime la biologiste Marie-Noëlle Rosso. La collection est donc un vivier inestimable de plusieurs centaines de milliers d'enzymes. Notre objectif est de les sélectionner, de les identifier puis les optimiser afin de les employer dans des procédés biotechnologiques à haute valeur ajoutée. »

Reste donc à faire le tri au sein de ce riche catalogue fongique. Grâce à un système à haut débit automatisé, les chercheurs peuvent passer simultanément au crible des dizaines de souches. Les champignons qui dégradent mieux la lignocellulose sont ensuite cultivés à plus grande échelle et sur divers substrats (bois, paille, miscanthus ...) afin d'étudier leur activité.

« Nous pouvons réaliser des tests jusqu'au stade préindustriel », précise le biochimiste Jean Guy BERRIN.

Pour comprendre d'où vient l'efficacité des champignons, encore faut-il décrypter la recette de leur « soupe » enzymatique- un cocktail qui s'adapte à chaque fois au substrat et aux conditions de culture (humidité, acidité ...) Les scientifiques l'analysent sous toutes les coutures pour identifier les enzymes qu'elle contient et les composés chimiques que celles-ci produisent. La chasse aux enzymes est aussi menée au niveau génétique : le séquençage du génome de 40 champignons de la collection, actuellement en cours, permettra de savoir quelles molécules ces organismes sont capables de produire d'après les informations contenues dans leurs gènes.

Lorsqu'une enzyme est isolée ou identifiée génétiquement, on détermine sa fonction par des tests ; ensuite elles seront fabriquées en grande quantités pour être utilisées dans des procédés industriels.

Le laboratoire marseillais contribue d'ailleurs activement au projet Futurol, dont l'objectif est de produire, dès 2016, du bioéthanol à partir de biomasse lignocellulosique. Un premier pas industriel vers une chimie plus verte.

Source: Hors-série SCIENCE et AVENIR, n° 0179, octobre/novembre 2014: Le monde extraordinaire des champignons, signé Audrey BOEHLT

*Les articles qui figurent dans cette rubrique sont transmis à titre d'information scientifique et / ou Technique. Ils ne sont en aucun cas l'expression d'une prise de position de l'UDISS ou d'un jugement de valeur

   
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