lu pour vous numéro 55

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"Lu pour vous" n° 55*

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Espace : objectif Mars

lpv551La planète rouge marque la nouvelle frontière vers laquelle tendent tous les efforts. Cette sœur lointaine et très ancienne de la Terre n'a jamais paru si accessible. De l'envoi de robots aux premiers pas de l'homme, voici, étape par étape, le scénario de sa conquête.

«On a marché sur Mars». On, c'est Bruno, un robot mobile très doué pour éviter les obstacles. Son sol ressemble à un désert aride, avec ses étendues de sable fin parsemées de multiples rochers. Lorsque Bruno, pour contourner un gros caillou, effectue avec ses six roues en aluminium une sorte de pas de deux à la manière des crabes, il se montre plus agile que n'importe quel crustacé, traçant sa route et crapahutant sur les dunes sans même se retourner une fois arrivé au sommet. Un brin dédaigneux, tout de même, ce Bruno, avec sa tête de piaf posée en haut d'un mât télescopique et dotée de deux caméras en guise d'yeux globuleux. » Nous travaillons sur sa vitesse et son agilité pour le rendre plus autonome, ce qui constitue la clef des futurs véhicules tout-terrain (les rovers) », explique Ralph CORDEY, qui dirige le département science et exploration d'Astrium, filiale d'EADS.

Comprendre Mars pour anticiper l'évolution de la Terre.

On a donc -virtuellement- marché sur Mars. Car, en réalité, Bruno a réalisé ses exploits sur le sol de ... Stevenage, grosse bourgade britannique située à une soixantaine de kilomètres au nord de Londres, où l'on teste les prototypes des engins robotisés que l'Europe souhaite voir gambader sur la planète rouge en 2018. Dans un vaste local a été reconstitué le plus fidèlement possible l'environnement martien.
Mars est l'astre le plus étudié du système solaire, puisque 40 missions lui ont été consacrées, qui ont confirmé la suprématie américaine – des épopées Mariner et Viking aux petits robots Spirit et Opportunity (2003 et 2004). Opportunity fonctionne toujours, après avoir parcouru plus de 37 kilomètres, un record !

Il n'y a plus aucun doute quant à l'existence d'une ancienne activité aquatique à la surface de la planète rouge, et chaque découverte confirme que Mars a réuni toutes les conditions nécessaires à la vie. Pour aller plus loin, les américains ont fait atterrir une autre génération de MER (Mars Exploration Rover), baptisée Curiosity, qui fête cette semaine sa première année sur la surface martienne. «Cette mission est la plus technique , la plus scientifique et la plus coûteuse de la robotique spatiale, résume Sylvestre MAURICE, planétologue à l'université Toulouse III, astronome et responsable de Chem-Cam, l'un des instruments les plus importants de l'astromobile.

lpv552Curiosity pèse 1 tonne, embarque 80 kilos de matériels scientifiques, soit dix fois plus que ses prédécesseurs, pour une mission non humaine de 2,5 milliards de dollars. Ses dix instruments fonctionnent parfaitement. L'engin se dirige actuellement vers le mont Sharp, au centre de cratère d'impact Gale (155 km de diamètre), une montagne de près de 5 000 mètres qu'il devrait finir de parcourir dans une petite année.

Le 18 novembre 2013, la Nasa doit en effet envoyer la sonde Mayen, qui scrutera in situ l'évolution de l'atmosphère martienne. Par le passé, celle-ci fut plus dense, et donc propice à la présence d'eau liquide à la surface. Puis, vraisemblablement à la suite d'un changement climatique, une partie des gaz s'est échappée brutalement. Un mystère que les scientifiques aimeraient élucider.

Après, les américains explorerons les entrailles martiennes (croûte, manteau et noyau) en lançant l'atterrisseur In Sight courant de 2016. Une fois posé, ce robot fixe déploiera une pléiade d'instruments, dont un sismomètre conçu par l'Institut de physique du globe de Paris (IPGP) avec le concours du Cnes, afin de comprendre pourquoi Mars ne connaît plus ni champ magnétique, ni volcanisme, ni tectonique des plaques depuis quelques quatre milliards d'années.

lpv553Les années 2016 marqueront le retour de l'Europe, avec les deux missions Exo Mars. La première vise à faire atterrir une plateforme sur le sol martien, véritable prouesse technologique que seuls les Etats-Unis ont accomplie jusqu'à présent. Mais le grand rendez-vous pour l'Europe aura lieu en 2018, lorsque le descendant de Bruno, qui s'entraîne toujours à Stevenage, sera expédié sur la planète rouge. Sur son dos, l'engin portera une foreuse capable de perforer le sol à une profondeur de 1 à 2 mètres. «Jusqu'à aujourd'hui, nous n'avons pas encore trouvé trace de vie sur Mars, (Francis ROCARD). En creusant, nous avons également l'espoir de déceler des organismes vivants ». Sans doute pas sous une forme très évoluée et ne dépassant pas le stade de la bactérie.

Les américains reprendront la main dès 2020 en envoyant MSL-2, le jumeau de l'actuel Curiosity, avec une ambition plus grande encore : réaliser le premier rapatriement d'échantillons martiens... selon un scénario de science-fiction. D'abord, un premier rover doté d'un bras robotique ramassera les roches, qu'il placera dans une boîte hermétique, un second récupérera le conteneur, qu'il ira ranger sur un véhicule spatial posé sur le sol martien. Celui-ci, à l'instar du fameux LEM des missions Apollo, redécollera pour aller s'arrimer à un satellite resté en orbite et dont la fonction consistera à ramener l'ensemble sur Terre...

 

Et l'homme dans tout cela ? Il n'existe pas vraiment de frein technologique à une telle épopée. Tout est affaire de volonté politique. Et de gros sous. Montant de la facture pour le rapatriement d'échantillons des années 2020 : 1,5 milliards de dollars. Il en faudra 298,5 de plus pour un vol habité vers Mars. Donc, le sol martien ne sera pas foulé demain par un « marsboot » américain. Et, selon les spécialistes, sans doute pas avant 2030-2040.
Les américains décideront du tempo pour y aller. D'ici 2030, un seul paramètre pourra changer la donne : celui de la propulsion. « Sauf à inventer un moteur nucléothermique ou nucléoélectrique qui nous permettrait de faire le trajet aller de 300 à 400 millions de kilomètres de façon moins coûteuse et plus efficace, nous devrions utiliser la propulsion chimique classique » estime Cristophe BONNA, expert à la direction des lanceurs du Cnes. Dans ce cas, le scénario de la mission Mars semble écrit dans ses grandes lignes : les experts plaident pour un noyage direct, sans arrêts intermédiaire.

 

La première phase consiste à envoyer préalablement et de façon automatique les infrastructures vitales sur la planète rouge : habitat, nourriture, structures gonflables (moins lourdes à emporter), laboratoires, rovers, centrale d'énergie, et surtout véhicule de retour. L'ensemble est d'abord placé sur orbite terrestre par quatre ou cinq fusées, le fameux SLS (Space Launch System), un lanceur lourd prévu par la Nasa pour 2017, ou son successeur- puis assemblé dans l'espace comme un Meccano, à l'instar de l'ISS, avant d'être lancé au plus profond du firmament. Trois cent cinquante jours plus tard, l'imposant convoi arrive au-dessus de Mars, une partie y atterrissant et l'autre (le vaisseau de retour) attendant en orbite. »L'idée consiste à produire au sol les ergols nécessaires au trajet de retour et d'alléger la facture finale de 25%», explique Patrick BAUDRY.
Une fois cette première partie accomplie dans sa totalité, il faudrait attendre vingt-six mois supplémentaires, du fait de l'alignement des planètes (Mars se situe entre 56 et 400 millions de kilomètres de la Terre selon que les orbites respectives de ces deux planètes les rapprochent ou les éloignent), pour envoyer à son tour l'équipe humaine. Celle-ci sera composée de six personnes (un chirurgien médecin, un géologue, un biologiste, un mécanicien, un électricien-électronicien et un commandant).

lpv554Les inquiétudes : la microgravité et ses effets sur le corps, l'effet des radiations solaires. Selon les récentes données fournies par le robot Curiosity, les spationautes devraient recevoir une dose totale de 0,66 sivert durant leur voyage, un chiffre acceptable puisque au-dessous du seuil de 1 sivert fixé par les agences spatiales. La véritable interrogation porte sur les éruptions solaires brutales, qui peuvent griller un équipage en moins de deux (Bernard COMET). Solution envisagée : construire dans le vaisseau un abri blindé ou iraient se réfugier les spationautes durant ces périodes, qui peuvent aller jusqu'à quarante-huit heures.

L'embarcation devrait approcher de la planète rouge au bout de cent quatre-vingt jours de trajet puis se placer en orbite. Pour cela, elle doit réduire sa vitesse progressivement (jusqu'à 2,4 kilomètre/seconde), soit au moyen de moteurs, soit par la technique de l'aérocapture, qui consiste utiliser l'atmosphère pour freiner. Là, l'engin retrouve le premier vaisseau interplanétaire déjà arrivé sur place, rempli de carburant et paré au voyage retour.

« A peine ce rendez-vous réussi, les spationautes se préparent au moment le plus périlleux de leur aventure : atterrir» selon Alain SOUCHIER, président de l'association Planète Mars. « Installés dans le module de descente, ils mettront sept minutes pour toucher le sol. A ce moment, la capsule utilise d'abord son bouclier thermique jusqu'à ce qu'elle atteigne une vitesse subsonique, puis des parachutes pour freiner brutalement avant d'allumer les rétrofusées et d'assurer un « amarsissage » en douceur. Sur Terre, le centre de contrôle ne saura rien du déroulement des opérations : il faut en effet entre trois et vingt-deux minutes pour que l'information parvienne jusqu'à nous... Dans ce laps de temps, les spationautes auront probablement déjà revêtu leur combinaison pour poser, pour la première fois, le pied sur Mars. Pour eux débute alors une mission au sol de cinq cents jours qui légitime véritablement les sommes fantastiques dépensées. Sur place, ils peuvent espérer abattre un travail cent fois supérieur à celui d'un robot. Et, en un an et demi, ils pourraient effectuer une cinquantaine excursions hebdomadaires et couvrir au total quelque 3 000 kilomètres ».

Dans toute cette aventure, c'est bien la perspective du séjour sur sol que l'on maîtrise le mieux, grâce aux entraînements réguliers pour vivre sur la planète rouge. Ces simulations ont lieu dans différents déserts (au Maroc, aux Etats-Unis, au Canada) et sont organisés par des fondus de l'exploration spatiale (comme la Mars Society). « On y apprend à vivre dans un espace confiné, à adapter les expériences et les technologies pour gérer au mieux la phase d'exploration » explique Alain SOUCHIER. Sur Mars, les sujets d'études ne manqueront pas pour les spationautes : rôle de l'eau, paléoclimat, météorologie, etc. Pour se déplacer, ils utiliseront un ou plusieurs rovers. Selon les ingénieurs de la Nasa, l'un de ces Jeep qui reste à inventer, pourrait être pressurisé afin de pouvoir s'éloigner vraiment de la base principale.

Celle-ci doit aussi compter des laboratoires, un centre d'opérations, des ateliers, des espaces de stockage et des zones de vie, salle de réunion, lieux de détente, chambres, sanitaires. Un peu de confort ne sera pas de trop pour un si long séjour.

Le jour du départ, les spationautes prendront place à bord du véhicule de retour, appelé MAV( Mars Ascent Vehicle), dont le carburant aura donc aussi produit sur la surface martienne. Muni de fusées, il les arrachera du sol pour les ramener en orbite haute, ou s'effectuera en automatique l'arrimage au vaisseau de retour. Comme à l'aller, il leur faudra faire preuve de patience avant de rejoindre la banlieue terrestre, ou une capsule de type Orion assurera leur descente. Un périple de mille quatre-vingt-dix jours pour explorer un nouveau monde, découvrir de nouvelles formes de vie et, au mépris du danger, avancer vers l'inconnu.

Le propre de l'homme, en somme.

Source : L'Express, n° 3 240, semaine du 7 au 13 août 2013, par Bruno D. Cot

Lectures :
Demain, nous vivrons dans l'espace, par Alain DUPAS, Laffont, 2011, 180 p., 18 euros.
Embarquement pour Mars, collectif, A2C Médias, 2013, 220 p., 18 euros
Mars, une exploration photographique, par Francis ROCARD, Alfred S. Mc EWEN, Xavier BARRAL. Ed. Xavier BARRAL, à paraître en septembre 2013, 272 p., 79 euros

Economie : une lampe à gravité.

lpv555Les designers britanniques Martin RIDDIFORD et Jim REEVES, de la société Therefore, ont levé en un mois 399 590 dollars sur le site de financement participatif IndieGogo, pour développer une lampe révolutionnaire pour les pays pauvres. Alors qu'ils ne demandaient que 50 000 dollars ! Bill GATES a qualifié l'objet »d'innovation très cool» et Riddiford croule sous les demandes de partenariats. Il faut dire que son projet est enthousiasmant : sollicité pour développer une lampe solaire, Martin a imaginé une solution beaucoup plus économique est robuste. Il s'agit d'une lampe en plastique de la taille d'un ananas, qui génère une demi-heure d'électricité grâce à la descente très lente d'un poids d'une dizaine de kilos attaché à sa coque. Cette Gravity Light à 5 dollars pièce est destinée aux 1,5 milliard de personnes sur la planète qui n'ont pas accès à l'électricité. Elle a vocation à remplacer les lampes à kérosène, qui provoquent des brûlures accidentelles (2,5 millions par an pour la seule Inde !) et font inhaler aux usagers des fumées toxiques. Selon la Banque mondiale, 780 millions de non-fumeurs respirent ainsi chaque jour l'équivalent en fumée de deux paquets de cigarettes.

Therefore fournira avec la lampe un sac robuste, que les utilisateurs pourront remplir de sable ou de cailloux, ainsi que des câbles pour y brancher une torche ou une radio. Seul inconvénient : il faut remonter le poids toutes les 30 minutes.

Source : Le Nouvel Observateur, n°2 545, 15 Août 2013, signé Dominique NORA

Economie : La Normandie, championne du lin.

Pour l'instant, le lin français est essentiellement absorbé par l'Asie pour la fabrication textile. Mais cette plante, écologique et frugale, intéresse aussi les secteurs du bâtiment, de l'automobile ou des équipements sportifs.

Repères :

La France est le premier producteur de lin avec de 50 à 70% de la récolte mondiale, devant la Belgique, les Pays-Bas et l'Egypte.
Dans l'Hexagone il est essentiellement cultivé en Normandie et dans le Nord/Pas-de-Calais par 7 000 à 8 000 agriculteurs.

La Chine achète 90% du lin français. Une production qui est absorbée à 85% par le prêt-à-porter, le reste étant consacré au linge de maison.
En quinze ans, les Chinois ont détruit la filature et le tissage européen. La fin des quotas d'importation du textile, en 2005, a accéléré le mouvement. Il reste aujourd'hui en France 22 usines de teillage, dont 10 coopératives et 12 groupes privés, contre une centaine il y a 50 ans.

Les producteurs se sont organisés, veillant désormais à ce que l'offre et la demande s'équilibrent. Cette politique porte déjà ses fruits. Lors du dernier mois le kilo de lin s'est en moyenne autour de 1,80 euros, soit deux fois plus qu'en 2009 ! Le jeu commercial est en train de s'ouvrir. Depuis un peu plus d'un an, les Indiens du Sud commence à s'intéresser de près de cette fibre exceptionnelle. Le nombre de filatures est encore restreint (2 seulement en Inde contre 80 en Chine) mais d'autres ouvertures sont prévues. Car cette industrie est pourvoyeuse de nombreux emplois, une obsession en Chine comme en Inde.

Autre explication : la nécessité d'économiser l'eau. Les Indiens sont de grands producteurs de coton, or il consomme énormément d'eau. En moyenne 25 000 litres pour un hectare, contre 400 litres pour l'équivalent en lin.

Plus écolo, plus frugal en produits phytosanitaires, le lin pourrait dépasser les frontières du textile. Aujourd'hui, une dizaine d'entreprises françaises sont impliquées dans des programmes de recherche aux côtés de laboratoires et d'industriels. Le but, développer un marché de fibres techniques pour l'industrie. En Europe, 45 programmes de recherche sur les débouchés industriels du lin sont en cours, pour un investissement de 45 millions d'euros en cinq ans.

Dans le Calvados, les frères Marc et Vincent DEPESTELE ont investi 3,5 millions d'euros en 2009, pour créer leur propre centre de R&D au sein de leur usine de teillage. En étroite collaboration avec des laboratoires du Havre, de Caen(CNRT). Ils sont sollicités sur l'opportunité d'utiliser du lin, qui est biodégradable, en substitution de la fibre de verre et de carbone. Le lin est également recherché pour sa souplesse : il est de 30 à 40% plus léger que la fibre de verre ou de carbone. Un atout qui intéresse l'aéronautique. Il ne sera jamais utilisé dans les ailes ou le fuselage, mais peut intervenir dans la composition de pièces intérieures.

Automobile, bâtiment, équipements sport et loisirs, nautisme, câbles électriques et aéronautique : les champs d'applications sont multiples. PSA-Faurecia, Alstom, Eurocopter notamment travaillent avec la filière, mais aussi Décathlon, qui utilise du lin dans sa fabrication de raquettes de tennis, ou Rossignol dans celle de skis. La coopérative CMEG, elle s'intéresse aux propriétés d'isolation thermique d'un ciment vert à base de lin. Grâce à ces nouveaux composites, le bâtiment représente d'ores et déjà 10% du marché du lin. Enfin, les étrangers ne sont pas en reste. Boeing a également monté un programme de recherche appliqué au développement des pièces pour les avions.

Plusieurs prototypes sont sortis des ateliers DEPESTELE : une éolienne, en phase de test depuis trois an, en Bretagne, un arçon de selle à cheval. Pour l'heure, les matériaux s'appliquent à des niches et à du haut de gamme.

Il faut encore compter quatre à cinq ans de recherche, au moins, avant que ce marché de fibres techniques ne devienne une alternative solide. Les besoins devraient progressivement monter en puissance.

Source : Le Nouvel Observateur, n° 2545, 15 Août2013, signé Marjorie CESSAC

Science : Station spatiale ISS, un robot tiendra compagnie à un astronaute japonais.

lpv556Cette année, le Japon n'envoie pas seulement un astronaute à la station spatiale internationale mais également un petit robot, « Kirobo », qui lui tiendra compagnie et servira bien entendu à la recherche.

Kirobo, un petit robot de 34 centimètres, d'un poids de 1 kg, sur deux pieds s'est envolé déjà début juin 2013 vers la station spatiale, en attendant son compagnon humain, Wakata.

La mission de Kirobo sera de transmettre les instructions de la station de contrôle à l'astronaute. Mais surtout de tenir compagnie à Wakita .Ses concepteurs veulent vérifier si des robots pourraient apporter un support moral aux hommes pendant un long séjour dans l'espace. Selon les chercheurs de Robot Garage, société qui l'a développé, Kirobo est un très bon auditeur, il peut retenir les visages et savourer une discussion avec les humains.

Source : Der Spiegel on line du 05/06/2013

Science : des chimistes développent un produit miraculeux, par inattention

La poudre de carbonate de magnésium a été considéré une substance impossible, sa réalisation n'avait jamais réussie. Maintenant, le hasard a aidé des chercheurs suédois de l'obtenir : par inattention, ils ont laissé tourner leur expérience pendant le week-end, sans surveillance. Le produit promet des possibilités surprenantes. Elle peut lier plus d'eau que n'importe quelle autre substance. Les particules sont perforées par des milliers de pores minuscules, rapporte les chercheurs de l'université d'Uppsala dans la revue scientifique « Plos One ». Ainsi chaque particule dispose d'une grande surface, sur laquelle peut s'accumuler l'eau. A un gramme d' »Uppsalit » correspond une surface totale de 800 m2.

Diverses applications sont envisageables : la nouvelle substance pourrait être utilisée contre les nappes de pétrole ou d'huile, ou à la fabrication de certains médicaments pour supprimer des petits résidus d'humidité.

Au retour au labo après le week-end, les chercheurs ont trouvé un gel rigide. La modification décisive a été de tripler la pression du dioxyde de carbone par rapport à la normale, afin de rendre possible la réaction avec l'oxyde de magnésium. Au-dessus de 70° se forme alors le carbonate de magnésium solide, la «substance impossible».

Source : Der Spiegel on line, Sciences, du 14/08/20132, signé bof

Science : les insectes entendent le battement d'ailes des oiseaux.

lpv557Le système auditif des papillons est assez développé pour leur servir de système d'alerte, même pour des prédateurs en plein vol.
Le travail associant acoustique et neurologie lèvent peu à peu le voile sur les capacités auditives des insectes. En mai dernier, des chercheurs anglais ont découvert qu'une espèce de papillon de nuit très commun en Europe et un papillon bleu d'Amérique du Sud peuvent percevoir les ultrasons émis par les chauves-souris. Une étude publiée cette semaine dans les Biology Lettersas, la Royal Society britannique indique que les papillons entendent aussi les battements d'ailes des oiseaux.

Quand des petits oiseaux volettent à la recherche de proies éventuelles, ils font presque du sur place. Leurs ailes battent alors plus vite et plus fréquemment que lorsqu'ils se déplacent d'un arbre à l'autre ou se laissent porter par les courants aériens. Ces mouvements répétés produisent des sons à basse fréquence de près de 20 Hertz, qui ressemblent à des frottements de doigts légers et rapides.

«Les papillons entendent les oiseaux à partir de 2,5 mètres de distance»

Pour les mesurer, Jayne YACK et son équipe ont effectué des enregistrements en forêt en appâtant les oiseaux avec des papillons attachés à un fil. Une trentaine d'attaques en tout ont été filmées et enregistrées. «C'est la première étude visant à caractériser les sons produits par le vol d'oiseaux en quête de nourriture. Les précédentes s'étaient focalisées sur le bruit des ailes comme signal de communication entre les oiseaux», soulignent les chercheurs. Le vol silencieux des rapaces nocturnes a aussi suscité beaucoup de curiosité.

Des insectes muets, mais dotés d'appareils auditifs.

Pour savoir si les papillons réagissent aux battements d'ailes, ils ont diffusé les enregistrements à différentes intensités en mesurant sur un audiogramme les réactions du nerf auditif des insectes. «Les papillons entendent les oiseaux à partir de 2,5 mètres de distance», concluent les chercheurs à l'issue de leurs tests.

Trois arguments, selon eux, confortent l'hypothèse selon laquelle les insectes détectent le bruit des oiseaux et peuvent ainsi essayer de leur échapper. D'abord, les fréquences des sons émis par les battements d'ailes sont comprises dans le spectre de la plupart des insectes dotés d'un appareil auditif. Ensuite, pourquoi certains insectes n'émettant aucun signal sonore ont-ils des oreilles si ce n'est pour se protéger contre les prédateurs. Enfin, il arrive de voir des insectes essayer de s'enfuir quand des oiseaux atterrissent dans un fourré.

«Reste à faire de nouvelles expériences pour savoir comment les insectes réagissent quand ils entendent un battement d'ailes et quelle contre stratégie ont adopté les oiseaux», concluent les chercheurs. Non seulement, en effet, la prédation des oiseaux a pu influencer l'évolution des capacités auditives des insectes mais leurs réactions a pu amener les oiseaux à capturer leurs proies très rapidement au lieu de voleter longtemps devant elles.

Source : Le Figaro on-line, sciences, du 23/08/2013

Economie : le futur est au coin de la rue, tour d'Europe des villes intelligentes.

Des lampadaires qui règlent leur intensité lumineuse au passage des piétons, des poubelles qui préviennent avant de déborder, des objets connectés entre eux...Ce n'est plus de la science-fiction. De Nice à Stockholm, voyage dans le nouveau paysage urbain.

Nice : les objets parlent.

C'est un petit objet noir biscornu, qui comme 199 autres, a été enfermé dans une boîte ronde de plastique protecteur, puis enterré dans le trottoir du boulevard Victor Hugo, à Nice. Pendant huit à dix ans, ces capteurs vont envoyer toutes les 10 secondes un signal à l'ordinateur central de la ville afin d'indiquer à l'automobiliste muni d'un Smartphone ou trouver une place de parking disponible la plus proche. Ce dispositif de stationnement intelligent intitulé « Nice Park » le guidera vers une place vide.

Cette technologie est déjà répandue dans une vingtaine de villes américaines : à Los Angeles, on compte 10 000 places de parking intelligentes. Un conteneur à poubelles, lui aussi est doté d'un capteur qui envoie un signal à la voirie avant de déborder. »En été, les riverains éviteront les mauvaises odeurs. En hiver, on fera peut-être des économies sur le trafic des camions à benne», espère le maire.

Prenez les lampadaires : eux aussi ont leurs capteurs, qui mesurent la qualité de l'air, le bruit de la rue, et règlent leur intensité en fonction de la luminosité ambiante et non plus de l'heure. »On pourra faire des réglages plus subtils : la nuit, les lampadaires ne s'allumeront que si une voiture circule ou si un piéton marche dans la rue. Christian ESTROSI, le maire, promet 30% d'économies.

Dernier point : le wifi est gratuit pour tous les passants du boulevard, car il est doté de «réalité augmentée». Si je vise le cinéma des Variétés avec mon Smartphone ou ma tablette, les horaires des programmes apparaissent en surimpression sur la façade. Si je dirige mon appareil vers un hôtel ou un restaurant, j'obtiens les menus et les tarifs.

Les villes qui se lancent dans des programmes smarts ont toutes leur propre motivation. C'est à chaque fois du sur-mesure. A Stockholm, la clé d'entrée c'est le transport, à Dubaï, le tourisme, à Malte, la conservation de l'eau, à New-York, la sécurité. A Nice, le maire veut rassembler toutes les villes qui l'entourent dans un projet de métropole.

A Montpellier : on exploite le Big Data

Montpellier accueille un des centres de recherche d'IBM, dont les consultants vendent ces programmes aux grandes villes du monde entier et sont chargé aussi du projet Smarter Cities pour la France.

Dans la capitale héraultaise, IBM et la mairie vont se plonger dans l'exploitation du Big Data, soit toutes les données sur le territoire pour offrir de nouveaux services aux habitants. Trois domaines sont prioritaires : le transport, la consommation d'eau et l'énergie.
Ces informations sont éparpillées aujourd'hui dans des dizaines de serveurs. Elles seront rassemblées et mises à la disposition de start-up locales, qui les exploiteront pour en tirer de nouveaux services sans doute payants. En conjuguant la météo du jour avec la période de l'année, le jour de la semaine et l'état de la circulation constaté au fil des ans, les habitants recevront chaque matin une alerte leur disant à quel moment ils doivent quitter leur domicile pour être à l'heure au bureau. Ce service leur dira aussi si c'est le transport en commun ou la voiture qui sera le plus rapide ce matin-là. On pourra encore se faire prévenir par SMS de l'arrivée du tramway à côté de chez soi. Tôt ou tard, toutes les municipalités s'y mettront. Demain, une ville se pilotera depuis une tour de contrôle numérique. Sur un grand plan interactif, des dizaines de lumières vont clignoter : trafic, pollution, météo, mais aussi places libres dans les hôpitaux, tout pourra être surveillé à distance.

A Stockholm : faire un tour dans le nord de l'Europe, où l'on est en avance en matière d'internet dans la vie quotidienne ou de développement de réseaux de connexions ultrarapides comme la 4G. Stockholm, première capitale à s'y être convertie, est en train de reconstruire la zone qui entoure son port industriel et son ancienne usine à gaz. Le Stockholm Royal Seaport sera un immense quartier écologique, destiné à loger les nouveaux habitants de la capitale. Premier impératif : un réseau de communications à haut débit le plus efficace possible. C'est la meilleure manière de transformer les relations entre habitants

Et la façon dont les entreprises travaillent. La mairie impose ensuite aux promoteurs des conditions très strictes : les 12 000 logements devront réduire drastiquement la pollution et la place de l'automobile ; une place de parking pour deux appartements. La mairie prépare la grande mutation du pays : zéro consommation d'énergie fossile en 2030 ! Tout est pris en compte pour y parvenir. Les ordures ne seront plus collectées par camion. Au pied de chaque immeuble du quartier, des sas sont branchés sur un immense tuyau souterrain. On y déverse les déchets, qui sont aspirés par le vide vers une centrale de recyclage et de chauffage. Les immeubles eux-mêmes sont dotés de panneaux solaires et du «smart grid». Le principe ? Adapter la consommation de chaque foyer à la production du moment, pour réduire au maximum les pertes d'énergie.

A Cachan : un des premiers immeubles intelligents est quasiment terminé On est donc ici dans le concret : tout ce qu'on voit marche déjà. Son constructeur, le groupe Bouygues, en avait déjà livré une première version à Aubervilliers, il y a un an, puis il a envoyé des sociologues étudier les réactions de ces «cobayes» au fil des mois. Il en a tiré les enseignements pour sa nouvelle résidence de Cachan. Elle a été conçue pour M. Tout-le-Monde, puisqu'il s'agit de 56 logements de type intermédiaire.

Dans l'entrée, un thermostat digital doté d'un petit écran permet de piloter la température pièce par pièce, même si le chauffage est, lui, collectif. L'immeubles est doté de panneaux solaires pour l'eau chaude et il est techniquement prêt pour accueillir le « smart grid » : on peut connaître la consommation électrique précise de chaque appareil, au jour le jour ; on peut faire ainsi plusieurs euros d'économies par mois, non anecdotique pour les foyers modestes.

La grande innovation, c'est d'avoir relié ce tableau de bord à une «box» internet, une spécificité française. Les ingénieurs de Bouygues ont fait jouer les synergies internes du groupe et utilisé les possibilités de leur Bbox, mais n'importe quel autre modèle (Free, Orange ou SFR) fera aussi bien l'affaire. Ce couplage permet de piloter chaque prise électrique et chaque appareil de l'appartement à distance, à partir d'une tablette ou d'un ordinateur. On peut donc allumer le chauffage avant de rentrer ou bien actionner les volets quand on est absent.... Surcoût de cette intelligence par rapport à un appartement classique ? 850 euros d'équipement, seulement.

La voiture qui roule toute seule.

Sur les routes de Sillicon Valley, en Californie, la Google Car (une Toyota Prius améliorée) n'étonne plus personne. Les ingénieurs de Google et les chercheurs de l'université de Stanford ont mis au point cette voiture qui fonctionne sans conducteur mais avec des passagers. On lui dit ou aller, elle se glisse dans le trafic, freine au feu rouge ou devant les piétons .On peut aussi la commander à distance : »passe prendre les courses au «drive», puis vient me chercher à 22 heures au cinéma ». Elle est bourrée de capteurs qui analysent tout ce qui se passe autour d'elle avant de prendre les bonnes décisions. Demain, ces performances seront bien meilleures car les autres voitures, tout aussi intelligentes, communiqueront entre elles : quand une auto freinera, ses voisines le sauront et réagiront en conséquence. Pour que tout cela fonctionne, encore faut-il des réseaux de communication ultra-performants : la 3G actuelle ne suffit pas. La Californie est déjà passée à la 4G, assez puissante pour transporter ces informations ;

Source : Le Nouvel Observateur, N°2544, 8 Août 2013, signé Claude SOULA

*Les articles qui figurent dans cette rubrique sont transmis à titre d'information scientifique et / ou Technique. Ils ne sont en aucun cas l'expression d'une prise de position de l'UDISS ou d'un jugement de valeur

 

   
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