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Conférence de Jean THERME

Détails

Conférence de Jean THERME le 23 Février 2011

confjeanthermePrésentation :

            Monsieur Jean BAUD, Président de l'Union des Ingénieurs et Scientifiques de Savoie (UDISS) a commencé par présenter les différents invités d'honneur, les partenaires de l'évènement ainsi que le conférencier, Monsieur Jean THERME (membre de l'Académie des Technologies). M. Daniel CLEMENSSON, Président de l'un des districts du Rotary Club de Chambéry, a ensuite fait une présentation du Rotary Club et des différentes missions qu'il réalisait.

L'innovation au plus haut « de Grenoble à l'Europe,

vision d'avenir sur les technologies »

 

essor18022011La conférence avait pour objectif de présenter l'avenir de l'innovation en Europe face aux avancées d'autres régions du monde telles que l'Asie.

Monsieur Jean THERME a dit en commençant sa conférence qu'il n'était pas un scientifique mais un ingénieur en technologies et hautes technologies. En tant que directeur du CEA de Grenoble, il a commencé par marquer sa volonté de se battre pour que l'Europe garde sa place dans l'innovation à travers, par exemple, le projet GIANT, plate-forme d'excellence dans l'électronique et les nanotechnologies. Le premier constat concerne le nombre d'ingénieurs formés en Europe et à l'étranger : en Europe, on forme chaque année 100 000 ingénieurs tandis que la Chine et l'Inde forment chacune 300 000 ingénieurs par an. C'est donc dans ce contexte de forte concurrence que Jean THERME a montré l'enjeu que représente l'innovation.

Le paradigme de l'innovation : Les pays asiatiques « Chasseurs ou cueilleurs de l'innovation »

Avant les années 80, on avait les « Agriculteurs de l'innovation ». Seuls quelques pays disposaient de compétences pour innover et montrer les découvertes au reste du monde. Au début des années 80, le Japon a développé les « Chasseurs ou cueilleurs de l'innovation »; il a été suivi par plusieurs autres pays asiatiques dont la Chine assez récemment. Ces pays ont été capables de rattraper leur retard en assimilant les connaissances et savoir-faire qui avaient été développés les années précédentes dans les pays occidentaux. C'est ainsi que des pays, comme la Chine, ont marqué leur entrée sur le marché des hautes technologies sans mener préalablement de recherches fondamentales.

Quels sont les effets des Chasseurs de l'innovation : Effet de MARCHE, Effet NTIC

- Effet de MARCHE (=> Économie) : le développement des nouvelles technologies représente un marché très lucratif et donc des intérêts économiques importants pour ceux qui sont capables de produire rapidement ces produits.

- Effet NTIC (= Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication) (=> Pillage de l'information) : les technologies de l'information permettent de diffuser des connaissances très facilement à travers le monde mais sans pouvoir en contrôler l'utilisation. La Chine et d'autres pays asiatiques ont donc pu réduire leur retard grâce à ces savoirs qui avaient déjà fait leurs preuves dans les pays occidentaux.

Le chemin de l'innovation : Les 4 P « Publication, Patents, Prototypes, Products »

La solution fut de mettre en place un système de brevets qui protège les savoirs et savoir-faire. Il s'agit du modèle des « 4P » : Publications → Patents → Prototypes → Products. On peut donc imaginer le système de la façon suivante : vous avez le monde de la recherche fondamentale qui ne génère pas d'innovation pratique et le monde industriel qui génère de la valeur et de l'innovation. Entre les deux, vous avez la passerelle technologique avec la recherche appliquée qui donne la possibilité d'utiliser les résultats de la recherche fondamentale pour des applications pratiques.

Répartition des capacités innovatrices en Europe :l'Allemagne, le Benelux et la France (Paris sud, Grenoble, Toulouse, Lyon).

Le nombre de brevets est donc un indicateur de capacité d'innovation pour une entreprise, une zone d'activité, etc. En consultant une carte de l'Europe, qui représente le nombre de dépôt de brevet par région, on se rend compte que seulement 3 régions sont particulièrement innovantes : la zone Euro-mark qui comprend l'Allemagne, le Benelux et la France (Paris sud, Grenoble, Toulouse, Lyon). Pour développer le cas de la région Rhône-Alpes Jean THERME a présenté les 3 domaines d'activité et instituts de la DRT (Direction de la Recherche Technologique) :

le Leti, le List et le Liten.

A l'aide de ces différentes informations, il a fait un état de la situation actuelle. Il a dénoncé un manque d'investissements dans la recherche appliquée (véritable enjeu dans l'innovation et création de valeur). Pour comparer, il a présenté le cas de la Chine qui a très bien compris l'intérêt de pouvoir maîtriser les matériaux de base afin d'imposer ses propres standards et remonter dans la chaîne de valeur. Il est tout a fait envisageable de voir la Chine devenir leader dans les hautes technologies d'ici 5 ans.

Quelles sont les solutions pour rester dans la course : L'innovation dans tous les domaines.

Jean THERME a présenté différentes techniques et innovations qui ont vu le jour au CEA de Grenoble :

Le sas mobile des salles blanches. A chaque entrée et sortie des salles blanches le personnel doit mettre ou enlever des combinaisons ce qui représente 20 minutes à chaque fois à faire de l'habillage. Pour gagner du temps, le CEA a investi dans un sas de confinement mobile qui permet au personnel de changer de salle sans avoir à se déshabiller puis se rhabiller.

Le développement des Smart 3D nanoelectronic. Il s'agit de technologies toujours plus rapides, plus petites, plus complexes, plus interactives et plus puissantes. La solution est d'empiler les processeurs les uns sur les autres. Pour cela, il faut utiliser des instruments extrêmement rares et onéreux (un milliard d'euros). Le CEA de Grenoble va faire son possible pour acheter l'un d'eux.

Les tuyaux enfouis qui communiquent (illustration des liens entre le CEA et les entreprises du tissu industriel voisin). Le CEA-Leti et RYB se sont associés pour mettre en place un système pour détecter la présence ou non de tuyaux en polyéthylène enfouis. La collaboration a donné naissance à un système électronique qui s'auto-alimente en énergie grâce à l'humidité du sol et émet un signal qui permet de détecter la présence ou non d'un tuyau à cet endroit.

Le Show Room de la DRT au B2i (illustration de la capacité de vente et de promotion du CEA).

Les OLEDs pour l'éclairage. Ce développement a donné naissance à la startup Héliodel.

Jean THERME a souligné le besoin, quand il s'agit de se comparer avec d'autres pays, d'utiliser des indicateurs étrangers qui ne sont pas là pour nous faire plaisir. C'est ainsi que, selon les Japonais, la politique française, dans le cadre du soutien à l'innovation, est une politique particulièrement stable par rapport à d'autres pays.

Le projet GIANT : un campus intégré à l'américaine

Il a ensuite parlé des différents liens existants avec les industries et les moyens mis en œuvre pour améliorer notamment l'ouverture de nouveaux centres de la DRT au cœur de parcs d'activités. Il a pu ainsi évoquer le projet GIANT, sur la presqu'île de Grenoble, qui a pour objectif de créer une zone d'échanges facilités entre les étudiants en sciences et en commerce, les scientifiques, les industriels et les entreprises innovantes. Plusieurs sections ont été prévues avec les technologies de l'information (Minatec), des biotechnologies (Nanobio) et de l'énergie (GreEn). La fin de la première phase des travaux est prévue pour 2015 et de la seconde en 2020. Avec GIANT, (Grenoble Innovation for Advanced New Technologies), l'objectif est de tisser de nouveaux liens entre enseignement, recherche et industrie, dans un campus intégré à l'américaine, afin d'être un pôle mondial d'intelligence technologique. Un projet qui implique 10 000 chercheurs, 10 000 étudiants, 10 000emplois industriels et 10 000 habitants.

Depuis peu, Grenoble est reconnu comme un pôle de compétitivité. Il a tenu à signaler que l'UJF (Université Joseph Fourier de Grenoble) était dans le top 200 mondial des universités les plus innovantes.

Questions

La conférence fut suivie d'une série de questions et d'interventions des membres d'honneurs puis de l'assistance. Le franc-parler de Jean THERME et sa maîtrise du sujet parmi les questions qui lui ont été posé ont été extrêmement appréciés.

Anecdote pendant la Coupe du monde de Football, négociation avec les Chinois

La première question des invités d'honneur concernait les différences de mentalité entre les Chinois et les Français. Jean THERME a cité une anecdote vécue au moment de la grève de l'équipe de France de football lors de la coupe du monde. Jean THERME, alors en voyage d'affaires en Chine, a eu toutes les peines de monde à expliquer à ses interlocuteurs Chinois que les Français n'étaient pas tous comme ça et qu'en général ils étaient présents au travail à l'heure et avec le sourire.

L'élitisme n'est pas forcément antisocial

La seconde concernait une remarque qu'avait fait Jean THERME pendant sa conférence comme quoi l'élitisme n'était pas forcément antisocial. Pour illustrer ces propos il a pris le cas de l'école Polytechnique en France et du MIT aux États-Unis. Dans le premier cas, l'école se dit non élitiste et donc peut être intégrée par quiconque a les compétences requises. Or, dans les faits la très grande majorité des étudiants de l'école sont issus d'un milieu aisé, donc l'école Polytechnique ne représente pas un ascenseur social. Au contraire, dans le cas du MIT, dès qu'un talent est repéré dans une école modeste, des responsables du MIT se chargent de trouver une bourse pour que cet étudiant puisse intégrer l'université. Dans ce cas, le MIT représente un ascenseur social.

Les atouts pour intégrer le CEA

Quel niveau d'étude conseillez-vous pour intégrer le CEA ? C'est très facilement qu'on pourrait imaginer Jean THERME faire subir un véritable parcours du combattant aux candidats pour le CEA. Il a expliqué que pour lui le plus important était la motivation et l'envie de réussir du candidat. Le CEA fait actuellement parti des plus gros employeurs de France avec 250 embauches par an.

Motivation des jeunes pour les Sciences

Il a déploré la difficulté actuelle de trouver des jeunes motivés par les sciences. En effet, aujourd'hui l'environnement fait qu'il est très difficile de donner envie aux jeunes de faire des sciences : « quand vous regardez en boucle des films où des financiers gagnent des sous sans rien foutre c'est normal qu'on est envie de faire pareil ! » Par contre il a souligné l'intérêt du système de l'école de la deuxième chance qui offre la possibilité aux jeunes en études courtes de réintégrer le cursus des écoles d'ingénieurs.

Protection du savoir

Le sujet qui a été ensuite abordé concernait la gestion des brevets et des publications. Il a expliqué que le CEA disposait d'un organe qui vérifiait que chaque publication était protégée par un brevet lorsque celle-ci faisait intervenir un nouveau procédé.

Approche politique sur l'innovation

Cette question a donné lieu à une digression sur la concurrence extérieure. Qualifiant les politiciens « d'autistes », Jean Therme a estimé qu'il était temps qu'on arrête d'essayer de réguler la concurrence à l'intérieur de l'Europe alors que celle de l'extérieur ne l'est pas. Il faut noter que seulement 58 députés et sénateurs français (sur 577 députés et 353 sénateurs) ont déjà travaillé dans une entreprise ou travaillé sur un projet d'innovation, ce qui n'est pas très engageant dans la compréhension du contexte de la recherche appliquée par les politiciens. Selon lui, il y a un manque de vision à long terme dans le monde occidental.

Les enjeux majeurs pour l'avenir

Plusieurs enjeux majeurs ont été évoqués tels que l'énergie et les nanotechnologies qui représentent un grand espoir dans la limitation de l'usage des terres rares. Pour produire de l'hydrogène, il a rappelé les projets de recherche sur le biomimétisme et notamment l'hydrogénase. Le recyclage est également un enjeu majeur pour préserver les ressources.

Clôture

On notera l'intervention d'un des membres de l'assistance qui a qualifié la conférence de Jean THERME de véritable « bouffée d'air frais » et salué la détermination et l'engagement du conférencier dans la course aux innovations. Un apéritif a achevé cette matinée autour duquel les différents participants ont pu échanger leurs impressions.

                                                                                  Rémi Cesaro

                                                                                  Élève ingénieur à Grenoble INP – Phelma

                                                                                  Membre de BEST Grenoble INP

 

   
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